S'attaquer à un remake américain de Millénium, après une oeuvre aussi personnelle que The Social Network, quel intérêt pour David Fincher ? Le cinéaste s'est retrouvé en terrain miné dès le moment où il a accepté ce pari difficile. En adaptant le premier tome de la trilogie du regretté Stieg Larsson, il était perdant à tous les coups. Il fallait déjà ne pas décevoir les fans des romans policiers, vendus à plus de cinquante millions d'exemplaires à travers le monde, en restant fidèle à l'esprit du texte d'origine. Réussir à surprendre le public avec ce film de commande alors que Millénium avait déjà connu une première adaptation (film et série), deux ans auparavant. Et trouver la perle rare dans le rôle de la "superhackeuse" gothique, Lisbeth Salander, personnage clé de la saga, déjà interprété avec fougue par Noomi Rapace dans la production scandinave de 2009. Sacré challenge.

Malgré un côté déjà vu (ou déjà lu), le long métrage de Fincher se démarque pourtant de son modèle. Muni d'une enveloppe budgétaire de 90 millions de dollars, il surpasse sans surprise le film du Danois Niels Arden Oplev qui souffrait d'une mise en scène de téléfilm, et propose des séquences visuelles dont la virtuosité laisse pantois. Pour le reste, l'intrigue reste rigoureusement la même : chargé par un riche industriel d'enquêter sur la disparition de sa nièce, survenue quarante ans plus tôt, le journaliste d'investigation Mikael Blomkvist (formidable Daniel Craig) est aidé dans sa tâche par une asociale, spécialiste du piratage informatique. Le duo se plonge dans le passé trouble de la famille Vanger...

À la fois forte et fragile, Rooney Mara incarne ici une Lisbeth Salander idéale. Bien qu'au jeu des comparaisons, l'actrice piercée et tatouée ait tout de même un peu de mal à faire oublier la composition fiévreuse de Noomi Rapace dans le rôle de la punkette. Pendant 2 h 38, ce thriller d'un grand raffinement esthétique tient en haleine grâce au charisme de ses comédiens, à la fluidité de son montage et à la beauté de ses décors - le tournage s'est déroulé en partie en Suède et en Norvège durant l'hiver 2010, le plus froid de ces vingt dernières années en Scandinavie !

David Fincher est au centre des suppléments de cette sublime édition, qui embrassent pendant près de sept heures (!) tous les enjeux techniques du film. Outre le commentaire audio du réalisateur, qui colle parfaitement aux images, on retrouve l'auteur de Benjamin Button dans des modules consacrés à la préparation, au tournage et à la postproduction de Millénium. Des documents où transpirent la méticulosité habituelle et le perfectionnisme de ce grand formaliste. D'autres bonus se focalisent sur les protagonistes, avec notamment un zoom sur Lisbeth Salander qui analyse le look et la psychologie de cette figure iconique de la contre-culture, ou sur le générique du film (qui rappelle ceux des James Bond, Daniel Craig oblige) et nous plonge durant 2,30 minutes dans un liquide noirâtre, tandis que résonne la reprise d'"Immigrant Song" de Led Zeppelin, électrifiée par Trent Reznor et Karen O.