Interview filmée de Matt Damon

Rencontre avec l'équipe du film (par Thierry Cheze)

On va enfin connaître le secret du passé de Jason Bourne? avant qu?il ne devienne ce très efficace et guerrier agent de la CIA. La vengeance dans la peau clôt en effet la trilogie adaptée de l??uvre de Robert Ludlum et Paul Greengrass, le réalisateur de La mort dans la peau, reprend du service pour cet ultime volet. Nous avons rencontré à Los Angeles les comédiens de cette saga qui a donné un méchant coup de vieux aux aventures de James Bond : Matt Damon ainsi que Joan Allen et Julia Stiles, qui incarnent deux membres de la CIA chargées ? l?une de son bureau, l?autre sur le terrain ? de la traque de leur ex-collaborateur devenu dangereux pour leurs services. Interviews.

Quel souvenir gardez-vous du tournage du premier volet ?

Julia Stiles : Il faut savoir qu?avant d?accepter la proposition, je n?avais pas pu lire le scénario. J?avais dit oui sur le nom de Doug Liman. Et, sur le plateau, j?ai le souvenir d?un tourbillon. Tout devait rester secret. Je n?avais pas accès à un scénario entier, juste à mes scènes. Et une fois mon tournage terminé, je n?avais absolument aucune idée du résultat final. Quelques mois plus tard, j?ai même été rappelée pour retourner des scènes à Paris. Et le résultat a été ce qu?on connaît tous aujourd?hui : épatant !

Qu?est-ce-qui a changé avec Paul Greengrass ?

J.S. : J?ai adoré travailler avec Doug. Mais il est vrai que mon personnage a pris un peu plus de consistance dans les films dirigés par Paul, surtout le dernier. Et en étant plus présente, j?ai pu apprécier à sa juste valeur son style de direction d?acteurs. Sans doute parce qu?il vient du documentaire, il voit très précisément quand nous, comédiens, avons tendance à en rajouter, à sortir du réalisme exigé par le film. Il nous implique dans la préparation des plans, nous invite à voir au moniteur les déplacements de caméra qu?il a prévus pour qu?on puisse les prendre en compte dans notre interprétation. Avec lui, on se sent à la fois dirigés et libres.

Qu?avez-vous préféré dans le tournage de ce troisième volet ?

J.S. : J?aimais l?idée que mon personnage sorte enfin du bureau, qu?elle soit plus impliquée dans l?action et le fait d?avoir à jouer plus de scènes avec Matt (Damon). Je sais qu?il avait déjà eu du succès avant le premier épisode de Jason Bourne, La mort dans la peau. Mais depuis ce film, sa carrière est un sans-faute. Or, l?homme est resté le même. Il est toujours aussi humble et surtout aussi bosseur. Jouer face à lui est un délice parce qu?à chaque instant, il est vraiment avec vous. Tout devient naturel. En plus, sur le tournage de La vengeance à peau, j?ai pu voir comment il avait encore amélioré son jeu en travaillant juste avant avec des réalisateurs comme Scorsese (Les infiltrés) ou De Niro (Raisons d?Etat). Il a changé sa manière de se préparer avant une scène, il répète souvent ses dialogues sur tous les tons pour se les mettre en bouche et trouver la juste mesure dans son interprétation au moment de la scène. Pour autant, il n?est jamais fermé sur lui-même et toujours porté vers ses partenaires. Que demander de mieux ?

Et vous, qu?est ce qui a fait évoluer votre jeu au fil des épisodes ?

J.S. : Profondément, un film que j?ai vu cette année. Une des plus grandes performances d?actrice que j?ai pu admirer: celle de Marion Cotillard dans La môme. Sa transformation tout au long de l?histoire, sa manière de se tenir, de parler sans jamais forcer le trait m?a fasciné. J?ai été revoir le film à plusieurs reprises juste pour essayer de comprendre les secrets de sa prestation. En tout cas, cela a modifié ma manière de travailler depuis.


Avant de vous lancer dans la trilogie Bourne, vous n?aviez jamais fait de film d?action. Aviez vous alors la sensation d?être attendu au tournant ?

Matt Damon : J?ai surtout été surpris que Doug me propose le rôle. Et je me souviens n?avoir eu que 6 mois pour justement m?y préparer physiquement. Ce qui était peu car le but était que j?effectue le maximum de cascades par moi-même pour rendre l?ensemble plus réaliste. On ne voulait pas qu?à un moment en plein milieu de l?action, les spectateurs décrochent parce qu?ils n?auraient pas cru à tel ou tel détail. C?était un vrai challenge. Et c?est la raison pour laquelle à l?époque, j?avais refusé de signer pour les trois épisodes de la trilogie mais juste pour La mémoire dans la peau. Je voulais avant tout voir si j?étais capable d?être à la hauteur de ce que ce rôle exigeait. Je n?avais aucune envie de me retrouver dans cette position inconfortable où le film ayant cartonné au box-office, je sois obligé d?accepter une suite par contrat, malgré d?éventuelles réserves. Mais finalement, tout s?est bien passé? (rires)

Et comment vous êtes vous alors préparé pour parvenir à ce résultat ?

M.D. : Doug Liman m?avait expliqué qu?il voulait que ma démarche ressemble à celle d?un boxeur. J?ai alors contacté Terry Clayborn qui avait coaché Denzel Washington pour le film dans lequel il interprétait le boxeur Hurricane Carter. Et c?est avec lui que j?ai travaillé pendant 6 mois. Ca m?a évidemment aidé à entrer dans la peau du personnage car mon physique s?est modifié, comme ma manière de bouger. Et j?ai continué ce régime d?enfer pendant le tournage puis pour chacune des deux suites. Mais une chose a changé. J?avais 29 ans au moment du tournage de La mémoire dans la peau et? 36 pour La vengeance dans la peau. Et croyez moi, je sentais dans mon corps la différence chaque matin en me levant pour aller tourner ! En plus, je me suis retrouvé à me battre à l?écran avec un jeune type de 23 ans, qui était encore au lycée au moment du premier épisode et qui était surexcité à l?idée de jouer dans la trilogie Bourne. J?ai dû lui demander d?être un peu moins explosif, j?ai cru finir K.O. ! (rires)

De votre point de vue, qu?est-ce-qui a le plus évolué dans votre travail avec Paul Greengrass entre La mort dans la peau et La vengeance dans la peau ?

M.D.: On est devenu amis, ce qui change beaucoup de chose. En particulier, le fait de n?avoir plus besoin d?être diplomate. On peut se dire franchement ce qu?on pense, on sait qu?il n?y a aucune arrière-pensée derrière un mauvais avis donné par l?un ou par l?autre. Ca fait avancer les choses plus vite. Et c?est essentiel dans un film comme celui-ci où beaucoup de choses se construisent sur le plateau de tournage. Vous avez dit que cette épisode serait le dernier où vous incarnerez Jason Bourne. Doit-on vraiment vous croire ?

M.D. : Si Paul (Greengrass) rempile, je le suivrai. Mais j?ai le sentiment qu?une boucle est bouclée. Ces trois films constituent un tout. Nous sommes arrivés au bout de quelque chose. S?il devait y avoir un quatrième épisode, il faudrait en quelque sorte réinventer le personnage. Et pour l?instant, à ce que je sache, personne n?a vraiment d?idée précise là-dessus?


Pour préparer votre rôle dans la trilogie Bourne, vous avez rencontré de vrais espions ?

Joan Allen : Avant le tournage de La vengeance dans la peau, j?ai eu la chance de passer du temps avec deux femmes qui avaient travaillé pour la CIA. C?est la première que j?ai eu l?occasion de le faire sur cette trilogie car, pour les deux premiers films, mon emploi du temps ne me l?avait pas permis. Et j?ai beaucoup appris ! Sur la manière dont elles s?entraînent et dont elles vivent au quotidien ce secret qu?elles doivent garder même auprès de leurs proches sur ce qu?elles font. En discutant avec elles, notamment avec l?une qui avait été au service de la CIA pendant 30 ans, j?ai appris que, dans ce métier et ce milieu quasi uniquement féminins, leur « arme » essentielle était la confiance en soi et la confiance en l?action de son pays. Avec les missions qu?elles ont eu à accomplir, il fallait absolument qu?elles soient persuadées qu?elles agissaient pour le bien de la démocratie et de leur patrie. Avant de les rencontrer, je crois que la notion de patriotisme restait floue à mes yeux. Je le comprends mieux aujourd?hui, sans être pour cela devenue ultra-patriote moi-même. Quelles sont les qualités selon vous pour être un membre éminent de la CIA.

Et quelles sont surtout celles que vous pensez posséder ?

J.A. : Je crois que j?aurais le goût du travail en équipe, un certain sens de l?éthique et des responsabilités. Quant à la confiance en moi, même si ce n?est encore pas parfait, je progresse avec l?âge et l?expérience ? (rires)

Qu?est-ce qui vous séduit le plus dans le travail avec Paul Greengrass ?

J.A. : Sur chacun des deux films, j?ai l?impression d?être dans un grand 8. Un coup la tête à l?endroit, un autre la tête à l?envers ! Le scénario est en perpétuelle évolution pendant qu?on tourne. Et c?était encore plus flagrant sur La vengeance dans la peau que sur le précédent. Ca pourrait être un cauchemar si tout cela n?était pas orchestré par un réalisateur qui allie gentillesse et sens du leadership. Il sait où il veut aller et sait nous transmettre ses idées. Il n?y a aucun conflit possible avec ce genre de réalisateurs. C?est un rêve pour les acteurs tant il est attentionné et prêt à modifier des détails pour nous faciliter la tâche? à condition qu?on reste dans la ligne qu?il a fixé évidemment.