Marie-Antoinette, c'est elles. Elles au pluriel : Sofia Coppola, la réalisatrice inspirée de l'émouvant Virgin Suicides et du troublant Lost in Translation, et Kirsten Dunst, déjà héroïne du premier film de la cinéaste et, par ailleurs, compagne de Spider-Man à l'écran. Entre la figure historique, son interprète et la cinéaste, s'opère, sous nos yeux, une rare alchimie, une réelle empathie, une tendre complicité, créées par la jeunesse et l'innocence. Entre l'emblème royal, la jeune comédienne et la déjà illustre cinéaste coule un sang bleu, s'entrelacent des rubans, se serrent des coeurs, se répondent des échos, se brouillent des images et se reflètent des âmes. Cette osmose troublante et émouvante scelle le plaisir que l'on prend à ce formidable film, qui a le grand mérite d'éviter le biopic historique, la biographie en costume. Marie-Antoinette est le portrait délicat et poudré d'une jeune femme qui se découvre, se construit et se détruit dans la jet-set versaillaise. C'est un tableau de Boucher animé, une galerie d'instants volés, intimistes, légers, bouleversants, une friandise visuelle. Seule, perdue, incomprise, détestée, négligée, Marie-Antoinette la femme enfant ne trouve de justification à son existence que dans les plaisirs futiles, les fastes, les frivolités et la mélancolie. Par petites touches, saynètes, en jouant les ellipses, Sofia Coppola - qui a su s'attacher le talent du chef opérateur Lance Acord et de la costumière de Kubrick, Milena Canonero - dynamise son récit par l'utilisation de musiques contemporaines (Air, New Order, The Cure, The Strokes) et sculpte les reliefs d'un camée aux colorations nuancées. Un camée que l'on ne peut qu'épingler sur son coeur.