C'est l'histoire d'une jeune fille qui cherche sa place dans un monde qu'elle ne connaît pas. C'est l'histoire d'une femme qui décide de rester elle-même, au mépris des conventions. C'est l'histoire de la première fashion victim d'une société qui cache la misère des autres derrière ses robes à corset. C'est l'histoire de Marie-Antoinette d'Autriche, devenue reine de France, épouse d'un roi serrurier, qui en perdra la tête.

Cinéaste remarquée (et définitivement remarquable) par Virgin Suicides et plébiscitée par Lost in Translation, Sofia Coppola donne l'impression d'être là où personne ne l'attend - pensez donc: une artiste branchée, tendance rock new-yorkais, élevée au raisin californien par Francis, un père mégalo et génial, s'attaque à la cour de Versailles, ses oeuvres et ses pompes - pour, au final, rajouter une pierre à une carrière qui s'annonce brillante et passionnante.

Car, oui, Marie-Antoinette est un film d'auteur, au point de vue radical et à l'ambition populaire. Une cerise acide sur un gâteau crémeux. Sofia Coppola réussit à y creuser son univers - résumé par la formule du poète grec Pindare «Deviens ce que tu es», qu'elle agrémente d'un très personnel «mais ça va pas être facile tous les jours» - tout en offrant du spectacle et du plaisir. Cette jeune cinéaste de 35 ans fait montre d'une incroyable maturité. Il y a chez elle une volonté affichée de ne jamais laisser filer son sujet et de maîtriser sa mise en scène du début à la fin. Elle ne fait aucune concession - un truc familial - et cet acharnement est payant parce qu'il donne à Marie-Antoinette cette densité peu commune qui fait les grandes oeuvres.

Il n'y a qu'à voir la façon dont elle filme la reine aux prises avec la révolution qui gronde. Une scène ou deux. Une ellipse. Rien de plus, mais tout y est. Le spectateur est suffisamment intelligent, pense visiblement Sofia Coppola, pour comprendre ce qu'elle raconte. Merci, madame. Et on sort de la salle la tête haute.