Parfois, le cinéma, c'est simple comme bonjour. Ou quasi. Disons simple comme "bonjour, mais, dites-moi, vous avez là deux acteurs magnifiques dont la seule présence apporte au film une émotion et une vérité qui suffisent à en faire une oeuvre juste, d'autant plus juste, d'ailleurs, que vous savez, cher Rachid Bouchareb, vous effacer au profit d'une mise en scène qui connaît la force de l'image et sait lui donner chair".
Bonjour, donc, à Brenda Blethyn. Si, si, vous la connaissez : elle est la mère et l'héroïne de Secrets et mensonges, de Mike Leigh. Comédienne d'une rare précision, jamais mise en défaut, regard droit, corps expressif, habité de son personnage, jeu sans cesse nourri de détails infimes. Un régal. Dans London River, elle joue Elisabeth, à la recherche de sa fille, disparue à Londres le jour des attentats, en juillet 2005.
Bonjour, également, à Sotigui Kouyaté. Si, si, vous le connaissez, mais peut-être moins : acteur fétiche de Peter Brook sur les planches, vu ici ou là au cinéma en petit rôle, malgré une grande taille, malien et griot à la démarche altière, au ton serein, royal, à l'économie de jeu impressionnante. Dans London River, il joue Ousmane, qui recherche, à Londres, son fils, qu'il n'a pas vu depuis plusieurs années.
Bonjour, enfin, à Rachid Bouchareb. Qui, après le souffle romanesque d'Indigènes, revient à ses premières amours d'un cinéma intimiste et sobre, au plus près de l'homme, occupé à - parfois inquiet de - trouver sa place dans le monde et son identité, étranger partout mais jamais seul s'il veut bien relever la tête et s'ouvrir à l'autre. Dans London River, Rachid Bouchareb fait se croiser Elisabeth et Ousmane, que rien n'aurait pu faire se croiser, sinon des circonstances qu'ils ne maîtrisaient pas. Une rencontre. Tout y est. Pas de mots inutiles. Pas de scènes de trop. Des regards. Des silences. Avancer. S'arrêter. Pleurer. Sourire. Et la vie continue. Parce qu'il le faut bien.