Sylvia ouvre son lit à des hommes de passage comme elle s'entaille les cuisses sur le tranchant des pierres : pour se prouver qu'elle peut ressentir quelque chose. Quand son regard ne se perd pas dans le vide, elle tient un restaurant chic dans le gris de Portland. Du gris à l'image de cette vie qu'elle mène sans entrain ni envie. Du gris à l'image d'un souvenir de cendres qu'elle a cherché à enterrer au plus profond et qui va soudain refaire surface. Loin de la terre brûlée aurait pu passer pour une banale histoire d'adultère qui vire au drame. En faisant des allées et venues entre un passé aux relents de chair calcinée et le présent de cette femme sur laquelle s'écrase le poids de ses responsabilités, le scénariste de Babel signe un premier long métrage au visuel soigné, où ces deux époques viennent se nourrir l'une l'autre. Les destins de trois générations de femmes et de filles se retrouvent scellés par un incendie meurtrier, bouleversant leurs existences, ou ce qu'elles auraient pu être. Charlize Theron y joue les Vénus fissurées, Kim Basinger l'épouse délaissée et Jennifer Lawrence (dans le rôle de Charlize Theron, jeune) une ado dépassée. Ensemble, elles se prêtent au jeu d'un chassé-croisé parfait. Loin de la terre brûlée avait tout du film à Oscar. Il n'en sera rien. La virée de Guillermo Arriaga n'en est pas moins belle pour autant.