Coucou, le revoilà! Le producteur-réalisateur Lloyd Kaufman, 67 ans, pape du cinéma underground pipi-caca-vomi, est revenu au Festival de Cannes après six ans d'absence.

Moins connu que Steven Spielberg, moins puissant que Harvey Weinstein, Kaufman s'est pourtant taillé une grosse cote de popularité depuis la création, en 1974, de la société Troma, spécialisée dans des films de bouts de ficelle, inscrits au panthéon des nanars. Surf Nazis Must Die ("les surfeurs nazis doivent mourir"), A Nymphoid Barbarian in Dinosaur Hell ("les Nympho- manes barbares dans l'enfer des dinosaures"), Tales From the Crapper ("Contes des chiottes")... Les titres parlent d'eux-mêmes.

A Cannes, impossible de rater le bonhomme. Entouré de ses héros maison -le monstre difforme Toxic Avenger et son balai-serpillière, ainsi que le sergent Kabukiman et ses tongs tueuses (si, si)-, il hurle son mécontentement sur la Croisette ; et, tant qu'à faire, devant le Carlton.

Depuis 1971, Kaufman vitupère les studios qui "étouffent la création indépendante". En 2002, il sortait un documentaire, All the Love You Cannes !, dans lequel Claude Chabrol, Quentin Tarantino et Jean-Claude Van Damme se ralliaient à sa cause.

Il en tourne un autre cette année, Occupy Cannes, qu'il envisage comme un Indignez-vous ! rayon cinéma. Vous avez le droit de sourire. Kaufman, lui, est très sérieux: "Les modes de diffusion virent à la tyrannie. Si on veut accéder aux salles, on est obligé de faire du divertissement formaté. Sinon, c'est mort."

Il est loin, le temps où Kaufman sortait Toxic Avenger, son premier gros succès, sur 2 000 écrans aux Etats-Unis. Désormais, les deux ou trois nouveaux films annuels de Troma se contentent d'une exploitation en DVD.

Cela dit, est-il indispensable de voir en salle Poultrygeist, avec de gigantesques poulets zombies, ou Return to Nuke 'Em High, dans lequel la junk food transforme des lycéens en monstres? Non. Pourtant, Kaufman paraît indispensable à une certaine exception culturelle américaine. La preuve: ses films sont convoités par les majors qu'il honnit. Dernier gros coup: un remake de Toxic Avenger avec Arnold Schwarzenegger est en cours.

La vente des droits, le crowfunding (financement participatif des internautes) et, bien entendu, les ventes de DVD permettent à Kaufman de continuer ses délires et son combat. Les soutiens ne manquent pas, à commencer par celui d'Edouard Baer, acteur bénévole dans Terror Firmer, où son personnage se fait assassiner par un serial killer travesti: "J'aime la fantaisie désespérée de Lloyd, sa paranoïa, son mauvais goût assumé. C'est devenu un ami. Quand il vient à Paris, il dort chez moi."

Baer peut préparer la chambre pour le 22 juin. Kaufman viendra au cinéma le Nouveau Latina (Paris, IVe), qui consacrera une nuit à Troma. Apportez vos tongs tueuses.