Depuis Huit Femmes, de François Ozon, il y a une certitude, à propos de Ludivine Sagnier : elle a de l'énergie à revendre, cette jolie blonde qui pourrait se contenter de n'être que ça, fraîche, lumineuse, décorative comme une guirlande de Noël. En ado pestouille (alors qu'elle avait 22 ans), elle tirait étonnamment son épingle du jeu face aux icônes Darrieux, Deneuve, Huppert, Béart et Ardant. Ensuite, en bombasse bien plus ambiguë que son Bikini (Swimming Pool, Ozon, encore), elle a réussi un miracle : exister face à Charlotte Rampling. Depuis, la gamine, qui a commencé à l'écran à 9 ans - c'était par hasard, elle accompagnait sa soeur à un casting - et qui s'est affranchie du cocon familial en banlieue parisienne chic (Sèvres) dès 16 ans, n'a pas lâché le morceau. En 2007, elle a été omniprésente, à l'affiche chez Miller, Honoré et Chabrol. Et maintenant se profile L'Instinct de mort/L'Ennemi public n° 1, très attendu diptyque de Jean-François Richet sur Jacques Mesrine, prévu pour la rentrée prochaine. Elle y joue la dernière compagne du truand (interprété par Vincent Cassel). Rencontre avec une jeune femme vive et attentive, à deux pas de chez elle, dans le XIe arrondissement de Paris.

Comment allez-vous ?

Super ! C'est l'été, tout va bien... Et puis je me sens quasiment en vacances : après deux années où j'ai enchaîné les films, 2008 a été beaucoup plus calme, comme une année de jachère. Là, je n'ai pas de projet immédiat, et je vis ça bien, sans angoisse, convaincue que les choses marchent par cycles, et qu'en général le destin m'est bénéfique. L'important est de rester fidèle à ses exigences, de ne pas perdre le désir.J'ai de toute façon cette conviction que, quand on fait tout pour s'entourer d'énergies positives, ça ne peut pas se retourner contre soi. Mais être heureux, ce n'est pas donné à tout le monde, ça demande des efforts. A Paris, qui conserve à mes yeux des airs de petit village, contrairement aux autres capitales, j'ai réalisé un rêve : avoir une terrasse de folie. J'y cultive un potager, conseillée par ma copine Julie Depardieu ; il y a de la menthe, du basilic, des tomates, du jasmin, de la lavande, du thym... Eh bien, un être humain, c'est comme une plante, il faut le cultiver, savoir ce qui est bon pour lui... Bref, il faut être à l'écoute, prendre soin de soi.Quand je ne travaille pas, je m'occupe principalement de ma fille, Bonnie (qu'elle a eue avec l'acteur Nicolas Duvauchelle) : elle a 3 ans, maintenant, et c'est vraiment un numéro.

Bientôt sortira L'Ennemi public n° 1, du lourd : gros budget, gros casting, grosse attente...

Oui, c'est vrai. D'ailleurs, les taulards eux-mêmes sont impatients : je le sais pour visiter régulièrement les prisonniers. L'engouement des jeunes de 15 à 20 ans pour Mesrine m'étonne plus ; je me demande d'où ils connaissent ce personnage qui est mort l'année de ma naissance, il y a vingt-neuf ans !

Qu'allez-vous faire exactement en prison ?

J'y vais dans le cadre d'un atelier de radio ou de télé interne, à Fleury-Mérogis principalement, côté hommes comme femmes. Ça peut paraître prétentieux, mais je me dis que ça peut montrer d'autres voies, notamment à ces petites minettes que je pourrais tout à fait croiser à H & M. Et puis, plus globalement, c'est une façon de transmettre une énergie positive. Je préfère faire ça que d'aller dans un bal de charité : je me sens plus utile. En tout cas, ce serait la même chose si je n'étais pas actrice : ce type d'action m'est familier, j'ai toujours vu ma mère impliquée dans un milliard d'associations. Aujourd'hui retraitée, après avoir travaillé comme secrétaire de direction (mon père, lui, est professeur de grammaire anglaise), elle fait du bénévolat : au centre d'accueil des SDF, à Nanterre, dans une association pour les travailleurs immigrés, une autre pour les enfants... Moi, à côté, ce n'est rien !

Aimer un truand, ça vous paraît plausible ? Dingue ?

La légende veut que Sylvie Jeanjacquot, que je joue, ait été naïve, et qu'elle soit tombée amoureuse de Mesrine sans savoir qui il était. Mais bon, il y avait clairement une vraie attraction entre eux... En fait, je pense que le truand, comme l'homme politique, éprouve une telle rage du pouvoir qu'il exerce un magnétisme, d'ordre physique, sexuel, animal. Ça, cette attraction, je la comprends complètement. On a tous un petit fantasme pour les bad boys. Mais, pour le reste, la cavale, tout ça, je crois que je suis trop raisonnable.

Le thème du film est « sensible » et pourrait faire débat...

Peut-être, bien qu'il s'agisse avant tout d'une fiction, d'un divertissement, sans autre prétention. Moi, c'est comme ça que je suis venue au cinéma, par le divertissement familial et populaire pas débile (Hitchcock, Capra...). Depuis, on a perdu ce registre-là. Un cinéma fédérateur, qui réconcilie le commercial et la qualité, voilà mon idéal. Des réalisateurs comme les frères Coen ou comme Tarantino réussissent ça...

Si vous n'étiez pas actrice, qu'auriez-vous pu devenir ?

J'aurais pu faire plein de trucs ! A 18 ans, j'organisais des concerts de reggae, avec des amis... J'avais de l'énergie pour tout. L'idée de mettre le talent des autres en valeur, c'est quelque chose qui me motive pas mal. Produire dans le cinéma, par exemple, pourrait m'intéresser... La pipolisation fait que les acteurs sont mis en avant, plutôt que les auteurs, les scénaristes, qui sont pourtant ceux qui racontent les histoires, qui les imaginent. La récente grève à Hollywood a rappelé cela.

Actrice et citoyenne, donc ?

Absolument. Je n'ai raté aucun scrutin depuis ma majorité ; si nécessaire, je vote par procuration. Voter, pour moi, fait partie des besoins primaires

Vous aimeriez être comment à 80 ans ?

J'ai globalement du mal à me projeter, mais j'aimerais être fière. De ce que j'ai fait et de ce que je suis. Et je voudrais être grand-mère, entourée de mes petits-enfants.