Sympathie pour le diable

de Guillaume de Fontenay. Avec Niels Schneider, Vincent Rottiers, Ella Rumpf... 1 h 40.

La note de L'Express : 17/20

Quelques jours dans le quotidien de Paul Marchand, reporter de guerre à Sarajevo, assiégée depuis sept mois. On est en 1992, le conflit dans l'ex-Yougoslavie s'embourbe sous le regard des casques bleus impuissants. Marchand lui, avec son photographe et une traductrice, traverse en long et en large la ville sous les balles sifflantes des snipers, redouble de ruse pour passer les barrages, s'implique de plus en plus dans cette guerre dont le monde entier a l'air de se foutre. Ce qui le met en rage et l'incite à pousser toujours plus loin le curseur de l'information, au péril de sa vie. Un type pareil, Hollywood en aurait fait le héros d'une histoire "émouvante et bouleversante" avec musique symphonique et tout le tintouin. Sympathie pour le diable se place à l'exact opposé, et c'est très bien comme ça. L'image au format carré, la lumière crue et froide de la ville bosniaque en hiver, le son sec des fusillades, la caméra à l'épaule, bien entendu... Et des acteurs qui ne jouent pas, mais sont. Avec son cigare collé entre les dents et sa personnalité intransigeante, le personnage de Marchand prêtait le flanc à une interprétation excessive. Niels Schneider évite cet écueil et trouve la juste mesure. A l'image du film, impressionnant d'authenticité, dont on sort secoué. C. Ca.

Chanson douce

de Lucie Borleteau. Avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz... 1 h 50.

La note de L'Express : 16/20

C'est l'une des adaptations cinématographiques les plus attendues de l'année. Chanson douce, de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, est désormais un film de Lucie Borleteau (Fidelio, l'odyssée d'Alice). L'histoire, glaçante à souhait, d'une nourrice en apparence irréprochable qui bascule lentement mais sûrement dans la folie. Transposer sur grand écran l'atmosphère cauchemardesque distillée par la romancière au fil des pages était un défi que relève haut la main la cinéaste. Le scénario (coécrit avec Jérémie Elkaïm) est une adaptation fidèle à l'esprit mais libre dans son exécution. Exit les nombreux flash-back du bouquin, bienvenue à de nouveaux passages pour le moins audacieux (comme cette scène autour d'un pot de chambre... on n'en dit pas plus). Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, Chanson douce glisse vers le thriller, voire le film d'épouvante. En plus d'être maîtrisé, le long-métrage dispose surtout de l'actrice idéale pour incarner Louise, la fameuse nourrice psychotique : Karin Viard, à l'origine même du projet du film, époustouflante. Elle trouve là l'un des meilleurs rôles de sa carrière. Une vraie nounou d'enfer. A. L. F.

Gloria Mundi

de Robert Guédiguian. Avec Ariane Ascaride, Anaïs Demoustier, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin... 1 h 47.

La note de L'Express : 16/20

Gloria Mundi est l'un des meilleurs films de Robert Guédiguian. Le plus déprimant également. A Marseille, une famille lutte pour (sur)vivre. Sylvie (Ariane Ascaride) et Daniel (Gérard Meylan) sont à quelques années de la retraite mais continuent de trimer comme des forcenés. Daniel sort de prison après avoir purgé une longue peine. Il retrouve son ex, Sylvie, ainsi que leur fille, Mathilda (Anaïs Demoustier), qui vient de donner naissance à une petite Gloria. Tant bien que mal, ces êtres cabossés par la vie tentent de reconstruire la cellule familiale. Et ce n'est pas simple. Gloria Mundi, d'une incroyable intensité, est un uppercut. Guédiguian ne laisse aucune place à l'optimisme et enferme ses personnages dans ce qui ressemble à une tragédie grecque des temps modernes. C'est d'une tristesse inouïe, mais également d'une beauté exceptionnelle (à l'image du prologue autour de la Nativité, sublime). Du grand cinéma, récompensé lors de la dernière Mostra de Venise avec le prix d'interprétation féminine pour Ariane Ascaride. La suite aux prochains Césars ? A. L. F.