Ad Astra
de James Gray. Avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones... 2 h 04.
La note de L'Express : 18/20
Un film de James Gray est toujours un événement. Ad Astra confirme la règle. Pour la première fois, le réalisateur de Two Lovers s'aventure sur le terrain de la science-fiction. Et c'est une réussite. En 2120, la conquête de l'espace est un lointain souvenir pour les Terriens, qui ont ouvert des centres commerciaux sur la Lune et se rendent régulièrement sur Mars. C'est dans ce contexte qu'évolue l'astronaute américain Roy McBride (Brad Pitt), marqué par l'absence de son père, disparu depuis des années lors d'une mission spatiale qui a mal tourné. Un jour, Roy apprend que ce dernier est peut-être toujours vivant, perdu quelque part dans l'Univers. Au péril de sa vie, il part à sa recherche.
Sur la forme, le nouveau long-métrage de James Gray frise la perfection. Dans la galaxie des récents films cosmiques (Interstellar, Gravity, High Life...), il est de loin le plus beau. Avec ses plans fixes et son atmosphère contemplative, on songe à la virtuosité d'un Tarkovski. Métaphysique, Ad Astra est assurément influencé par le 2001... de Kubrick. Mais il s'agit surtout d'une grande oeuvre sur l'amour filial, dont le dénouement atteint des sommets d'émotion. En scientifique autiste, Brad Pitt n'a peut-être jamais été aussi bon. On savait que James Gray était un formidable directeur d'acteurs. On a désormais la confirmation qu'il est tout simplement l'un des plus grands cinéastes en activité. A. L. F.
Un jour de pluie à New York
de Woody Allen. Avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez... 1 h 32.
La note de L'Express : 16/20
Avec un titre pareil, ce n'est pas le film le plus excitant de la météo cinéma. Sans compter que les Woody Allen récents n'étaient pas des plus reluisants (le dernier, Wonder Wheel, était même une purge !). Mais, encore une fois, l'octogénaire rebondit et fait preuve d'un savoir-faire unique pour raconter sa ville natale, New York, donc, l'amour, la vie, le cinéma. Entre autres. Parce qu'il s'en passe des choses au cours de cette journée (suivie d'une nuit quand même) où Ashleigh, étudiante cinéphile, se rend dans la Grande Pomme avec son amoureux afin d'interviewer pour sa gazette un célèbre réalisateur.
La susceptibilité, l'égocentrisme, la lâcheté, la goujaterie même des artistes de tout poil placent la candide au milieu de situations tantôt drôles, tantôt impossibles, tantôt les deux. Au grand dam de son petit ami, qui, lui, va en apprendre de belles sur sa famille... Au scénario foisonnant s'ajoute une mise en scène inspirée, avec la lumière épatante de Vittorio Storaro (trois oscars !). Un régal pour les yeux, l'esprit et le moral. C. Ca.
Portrait de la jeune fille en feu
de Céline Sciamma. Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luana Bajrami... 2 heures.
La note de L'Express : 17/20
A la fin du XVIIIe siècle, Marianne, artiste peintre, arrive en barque sur une île bretonne avec toiles et bagages, chargée de faire le portrait d'Héloïse, sortie du couvent et destinée à être mariée. Sauf qu'Héloïse n'a pas du tout envie de se marier ni de se faire tirer le portrait. Passée une espèce de cache-cache psychologique entre les deux femmes s'instaure une amitié suivie d'une séduction réciproque et finalement d'un amour qui ne peut dire son nom en ces temps révolus.
Le propos de Céline Sciamma n'en est pas moins brûlant d'actualité, manifeste édifiant et intelligent sur la condition féminine. Le prix du scénario obtenu à Cannes n'est pas volé, le film, brillant dans sa réalisation et son interprétation, aurait même mérité de figurer plus haut dans le palmarès. Ne serait-ce que pour son épilogue, épatante touche finale qui laisse bouche bée. Comme la dernière pièce d'un puzzle de toile de maître. C. Ca.
Trois jours et une vie
De Nicolas Boukhrief. Avec Marco Pauly, Sandrine Bonnaire, Charles Berling... 2h.
La note de L'Express : 19/20
Dans un petit village des Ardennes belges, Antoine, 12 ans, en pince pour sa voisine qui lui préfère un autre garçon. Très énervé, il passe ses nerfs sur une cabane qu'il avait construite dans les bois. Quand le petit frère de sa dulcinée vient lui demander ce qu'il se passe, Antoine le chasse en lui lançant un bâton. Qui fait tomber le gamin sur une pierre la tête la première. Dévasté et paniqué, Antoine jette le cadavre dans une crevasse. La disparition de l'enfant met évidemment le village en émoi.
Et ce n'est là que le début d'une histoire dont les ramifications insoupçonnables s'étalent sur une vingtaine d'années. Un drame humain doublé d'un thriller psychologique implacable, écrit au cordeau par Pierre Lemaître et Perrine Margaine (d'après le roman du premier), superbement mis en scène par Nicolas Boukhrief, et interprété sans une fausse note par Marco Pauly (Patients), Sandrine Bonnaire, Charles Berling, Philippe Torreton, Margot Bancilhon (Ami-ami)... En fait, c'est le film français parfait. Le fond, la forme, les bords, autour. C'est captivant, intelligent, soigné. Du cinéma de genre comme on n'en attendait plus, avec une ambiance qui rappelle fort Georges Simenon et une facture visuelle sans esbroufe, propre, nette, sans bavure. Sombrement nickel. C.Ca.
Lucky Day
De Roger Avary. Avec Luke Bracey, Nina Dobrev... 1h35
La note de L'Express : 14/20
Roger Avary. Un nom que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Cinéaste culte (Killing Zoe, Les Lois de l'attraction...), il avait tout bonnement disparu des radars depuis des années. Le voici de retour aujourd'hui avec le survitaminé Lucky Day. Red vient de purger une peine de prison suite à un braquage dans lequel son complice a trouvé la mort. Alors qu'il pense démarrer une nouvelle vie, il voit débarquer le frère du défunt, Luc. Ce dernier, assoiffé de vengeance, fera tout pour se débarrasser de Red.
Certes, Lucky Day n'est pas un film inoubliable. L'intrigue n'est pas très originale et les personnages sont croqués à gros traits (le dangereux psychopathe, le patron libidineux...). Qu'importe. Roger Avary assume son mauvais goût. Voilà une vraie récréation cinématographique, où l'influence de Tarantino se fait ressentir (Avary a scénarisé Reservoir Dogs et Pulp Fiction...). En prime, coproduction franco-canadienne oblige, le film dispose du casting le plus barré de ces derniers mois dans lequel les yankees Nina Dobrev et Crispin Glover donnent la réplique aux Français Tomer Sisley et Nadia Farès dans ce qui apparaît comme le film décapant de cette rentrée ! A. L. F.
