Joker
de Todd Phillips. Avec Joaquin Phoenix, Marc Maron, Robert De Niro... 2 h 02.
La note de L'Express : 19/20
Evénement quasi historique lors de la dernière Mostra de Venise : le lion d'or a donc été attribué à un film de super-héros. Ou plutôt à un film de "super-vilain". C'est plus chic. Surtout, la récompense est justifiée. Joker, de Todd Phillips (réalisateur de la trilogie Very Bad Trip), devrait mettre tout le monde d'accord. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que ce grand méchant film sera considéré comme un classique. Où il est question d'Arthur Fleck, état civil du futur Joker, ennemi juré de Batman. Ce préquel s'attache à comprendre comment celui qui n'était qu'un modeste artiste de rue va devenir le roi du crime de Gotham City. D'humiliations en désillusions, cet homme psychologiquement fragile, voire fêlé, va peu à peu basculer dans une folie meurtrière qui le dépassera. Le plus étonnant est qu'entre le cabotin Jack Nicholson (Batman de Tim Burton) et le possédé Heath Ledger (The Dark Knight de Christopher Nolan) on pensait avoir fait le tour du bonhomme. C'était compter sans Joaquin Phoenix, impérial (et à fort potentiel oscarisable), le plus "humain" d'entre tous finalement. Le réalisateur en fait un laissé-pour-compte qui devient progressivement un porte-parole des minorités. Et Joker de virer grand film politique, glissant çà et là plusieurs allusions pertinentes (l'Amérique de Trump, les régimes populistes, les Anonymous...). Le choc visuel passé, on cogite longtemps après la projection. A. L. F.
Papicha
de Mounia Meddour. Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Nadia Kaci... 1 h 45.
La note de L'Express : 17/20
En arabe, le terme "papicha" désigne une jeune et jolie fille qui joue de ses charmes. Dans le film de Mounia Meddour, ces lolitas d'Algérie se nomment Nedjma, Wassila ou Kahina. Alors que le terrorisme s'installe à Alger dans les années 1990, elles décident de résister en organisant un défilé de mode. Un défi qui ne tarde pas à les mettre en danger. Le film, lui, est l'une des claques du dernier Festival de Cannes. Présenté dans la section Un certain regard, il est pourtant reparti injustement bredouille. Qu'importe. Le long-métrage possède une intensité qui ne laisse pas indemne. Mounia Meddour a beau regarder le passé, Papicha est d'une actualité brûlante. La réalisatrice, ancienne documentariste, décortique la manière dont le fanatisme et l'obscurantisme ont pu gangrener (et gangrènent encore) tout un pays. Brillamment mis en scène et enchaînant les séquences fortes (l'interruption d'un cours par des islamistes, un moment d'insouciance rompu par un assassinat...), le film est à la fois bouleversant et indispensable, servi par deux révélations, les jeunes Lyna Khoudri et Shirine Boutella, impressionnantes en papicha insoumises. A. L. F.
Tout est possible
de John Chester. 1 h 31.
La note de L'Express : 17/20
John et Molly ont quitté la ville pour la campagne. Enfin, la campagne... Le décor est plus proche du désert que de la toile bucolique, vu que le couple investit dans des hectares de terres californiennes en apparence hostiles à toute culture. Mais les deux ne sont pas du genre à se fier aux apparences et lui, réalisateur de profession, va tout filmer durant dix ans. Le résultat est là : une heure et demie de cinéma qui revigore, qui émeut, qui enthousiasme, qui épate. Ce qu'ont réussi John et Molly, il faut le voir pour le croire. En mettant sur pied une ferme gigantesque (avec élevages divers, arbres fruitiers à perte de vue, etc.), ils ont carrément recréé un écosystème là où tout semblait impossible (d'où le titre du doc). Pas de discours moralisateur, pas d'angélisme... Il y a les hauts, les bas, le pire et le meilleur, qui l'emporte toujours. Ouf ! Ça fait du bien. C. Ca.
Donne-moi des ailes
De Nicolas Vanier. Avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey, Louis Vazquez... 1h53.
La note de L'Express : 10 / 20
Nicolas Vanier aime les animaux. Après les loups dans le bien nommé Loup, les chiens dans une bonne partie de sa filmographie (Belle et Sébastien 1 et 2, Le Dernier trappeur...), et toute la faune forestière dans L'Ecole buissonnière, voici les oies sauvages dans Donne-moi des ailes. Un film adapté de son propre roman, dans lequel il revenait surl'histoire vraie de Christian Moullec, un ornithologue qui a réussi à améliorer la route migratoire d'oies en volant avec elles avec son ULM. À l'écran, le scientifique est interprété par Jean-Paul Rouve, et sa femme Paola a les traits de Mélanie Doutey. Il y a également leur fils Thomas, joué par Louis Vazquez, qui regarde d'un oeil bizarre la nouvelle lubie de son père pour protéger ses volatiles. Mais, c'était prévisible, l'adolescent va finir par se sentir concerné par les préoccupations écologiques de son géniteur... Grâce aux oies, père et fils retrouveront une complicité perdue. Non ? Si. Certes, l'histoire de base est assez incroyable, mais la mise en scène et le scénario le sont beaucoup moins. Le film semble allergique à toute finesse, abusant de musiques larmoyantes et de personnages un peu trop caricaturaux. Reste de belles images et un Jean-Paul Rouve convaincant dans le rôle de ce héros lunaire. A. L. F.
Chambre 212
De Christophe Honoré. Avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin... 1h27.
La note de L'Express : 13/20
Ça commence très fort et très bien. Maria, prof de fac mariée depuis vingt ans (Chiara Mastroianni, solaire), se rend toute guillerette chez un de ses élèves pour une sieste crapuleuse. Surprise par la fiancée de son amant, elle s'en va comme elle est venue après une tirade mémorable. Un monument de la variété plus tard (Désormais de Charles Aznavour), elle s'engueule avec son époux (Benjamin Biolay, impeccable) qui découvre la relation adultérine. Elle claque la porte du domicile conjugal pour aller loger... dans l'hôtel en face, chambre 212, où des personnages (dont son mari revenu à l'âge où ils se sont connus -Vincent Lacoste, formidable) surgissent du passé pour l'aider à faire le point. Ou pas. C'est amusant. Truculent. Emouvant, aussi. La liberté de ton et de narration évoque un peu Bertrand Blier. C'est un compliment. En revanche, ça patine à quelques moments, la fantaisie pâtissant d'un trop-plein de nostalgie et d'introspection. Le bilan n'en est pas moins positif pour ce film d'auteur au sens noble du terme.
