J'ai perdu mon corps

De Jérémy Clapin. 1 h 21

La note de L'Express : 19/20

Bien que d'une délicatesse exceptionnelle, ce film est un bulldozer ! J'ai perdu mon corps, premier long-métrage d'animation de Jérémy Clapin, renverse tout sur son passage : Grand Prix à la Semaine de la critique à Cannes, Grand Prix et Prix du public lors du dernier festival d'Annecy... Le raz-de-marée d'éloges est tant critique que public. Et pour quoi ? Pour l'histoire d'une main qui s'échappe d'un laboratoire et qui fait tout pour retrouver le corps auquel elle appartient, celui de Naoufel, jeune livreur de pizzas dont la vie a basculé le jour où il est tombé amoureux de l'énigmatique Gabrielle. J'ai perdu mon corps est aussi une belle réflexion mélancolique sur les souvenirs et le temps qui passe, avec un scénario incroyablement cohérent où se mélangent différents points de vue sans qu'on ne s'emmêle les crayons. Ça regorge de moments bouleversants, comme cette rencontre entre les deux futurs amants : leur échange se fait essentiellement à travers l'interphone d'un immeuble... Et, si le réalisateur accorde une place primordiale à l'intime et aux sensations de ses protagonistes, il n'oublie pas la dimension romanesque du récit, lorgne presque, par moments, vers le thriller. Bref, c'est inclassable. Et inoubliable. A. L. F.

La Belle époque

De Nicolas Bedos. Avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant, Doria Tillier... 1h55.

La note de L'Express : 19/20

Victor (Daniel Auteuil) et Marianne (Fanny Ardant) ne peuvent plus se saquer. Enfin, c'est surtout Marianne qui coince. Qui n'en peut plus de son mari. Qui, lui, a fini par se foutre de tout. Pour le secouer un peu, son fils et un ami lui offrent un truc insensé : vivre un moment de son choix, grâce à une société qui propose à des gens fortunés de reconstituer (avec décors, acteurs et tout le toutim) un souvenir, un événement, une époque. Un dîner au XVIIe siècle, gifler Adolf Hitler, échanger avec William Faulkner... Victor lui, opte pour revenir quarante ans en arrière, lors de sa première rencontre avec Marianne, incarnée pour l'occasion par une jeune femme (Doria Tillier) dont s'éprend le sexagénaire, qui oublie que tout cela est pour de faux. C'est malin. Le scénario lui, est bluffant. D'une maîtrise rare dans le cinéma français actuel, à laquelle s'ajoutent une inventivité et une intelligence savoureuses. Si Nicolas Bedos avait l'âge de son personnage principal, le lieu commun voudrait qu'on parle d'"oeuvre de la maturité". Mais Bedos n'affiche que 39 printemps ! Et il a écrit La Belle Epoque tout seul comme un grand ! Un éclair de génie qui n'a rien du coup de bol puisque son premier long-métrage, Monsieur et Madame Adelman, était déjà formidable. Nous sommes donc en présence d'un auteur majeur doublé d'un cinéaste du même métal. Un oiseau rare. Qui nous fait piaffer de joie. C. Ca.

Adults in the room

De Costa-Gavras. Avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur... 2h07.

La note de L'Express : 15/20

Après deux échecs aussi gênants qu'incompréhensibles (Eden à l'Ouest et Le Capital), Costa-Gavras revient en forme et en grâce avec ce récit haletant de la crise économique grecque, tiré du bouquin de Yanis Varoufakis, juge et partie de cette charge au vitriol contre l'Union européenne puisque ex-ministre des Finances. De fait, le film le dépeint clairement comme un héros. Les économistes y trouveront sans doute à redire. Qu'importe. Ce point de vue permet - plus clairement qu'aucun média n'a été capable de le faire - au spectateur de comprendre les rouages et les enjeux de la situation. Dès lors, Adults in the room devient un long-métrage instructif, édifiant et passionnant. Rien que ça. C. Ca.