Mon chien Stupide

De et avec Yvan Attal. Avec aussi Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf... 1h46.

La note de L'Express : 16/20

Stupide avec un S majuscule car c'est le nom du chien. Un mâtin napolitain, précisément. Entre 50 et 60 kilos, sexe mâle, d'une douce propension à coller celui-ci aux canidés et individus qu'il croise. Sorti de nulle part pour squatter la maison d'Henri, écrivain à la peine dans son oeuvre et son ménage, quinquagénaire père de quatre enfants en passe de quitter le nid familial. C'est donc la chronique d'une remise en question provoquée par l'arrivée inopinée d'un drôle de clebs, adaptation réussie du roman caustique et émouvant de John Fante (éd. 10/18). A l'instar de J'ai épousé une ombre de Robin Davis d'après William Irish ou du Couperet de Costa-Gavras d'après Donald Westlake, la transposition d'une histoire très américaine dans une culture très française fonctionne à merveille. L'atout majeur de la réussite de Mon chien Stupide réside évidemment dans l'association Attal-Gainsbourg, couple à la ville comme à l'écran qui exploite une réjouissante complicité, en amour comme en vacheries. A la mise en scène particulièrement soignée s'ajoute également un savoureux casting de seconds rôles (Pascale Arbillot, Éric Ruf, Sébastien Thierry...), l'ensemble faisant de ce focus sur la crise de la cinquantaine un bonheur joyeusement mordant. C.Ca.

Un monde plus grand

De Fabienne Berthaud. Avec Cécile de France, Ludivine Sagnier, Narantsetseg Dash... 1h40.

La note de L'Express : 14/20

Fabienne Berthaud aime les portraits de femmes. Après trois films avec Diane Kruger (Frankie, Pieds nus sur les limaces, Sky), la cinéaste française change de comédienne pour un long-métrage inspiré d'une histoire vraie. Dans Un monde plus grand, Cécile de France interprète Corine Sombrun, une Parisienne qui s'est découvert des aptitudes de chamane après un séjour en Mongolie. De retour en France, la jeune femme a impulsé les premières recherches scientifiques autour des transes chamaniques... Artiste plurielle (elle est aussi écrivain et photographe), Fabienne Berthaud réalise une oeuvre hybride. Un monde plus grand est à la fois un documentaire sur les traditions mongoles et un mélodrame. Si le film peine à démarrer, il finit par devenir captivant dans sa seconde partie grâce à sa mise en scène sensorielle. Et puis il y a Cécile de France. Présente sur tous les plans, la comédienne belge est impressionnante dans le rôle de cette Occidentale dont la vie bascule du jour au lendemain. Une très grande actrice. A. L. F.

Le Traître

De Marco Bellocchio. Avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane... 2h31

La note de L'Express : 15/20

Tout commence comme un remake contemporain du Guépard de Visconti. Un palais en Sicile, une soirée fastueuse, des femmes et des hommes élégants... Mais ce n'est qu'un prologue. La suite du nouveau Marco Bellocchio lorgne plutôt vers le registre mafieux. Normal puisque Cosa Nostra est le personnage principal du Traître, à travers Tommaso Buscetta, figure de la pègre sicilienne, qui est rentrée dans l'histoire de son pays pour avoir trahi son clan en collaborant avec la justice. Un personnage fascinant que la caméra de Bellocchio filme comme un héros shakespearien. OEuvre politique teintée de lyrisme, Le Traître aurait pu appartenir à la vague de films italiens engagés des années 1970. A la manière d'un Gian Maria Volonté en son temps, l'impressionnant Pierfrancesco Favino est l'acteur idéal pour incarner le parrain déchu. À Cannes où le film était présenté, le comédien est passé à deux doigts du prix d'interprétation. Qu'importe. Il garde la main pour l'avenir. A. L. F.

Place des victoires

De Yoann Guillouzouic. Avec Guillaume De Tonquédec, Piti Puia, Claire Borotra... 1h43.

Note de L'Express : 11/20

Le titre est pour le moins ironique. Bruno ne vit pas dans un bel appartement de la luxueuse Place des Victoires au centre de Paris, mais dans un modeste studio d'un quartier populaire. Et des victoires, il n'en affiche plus beaucoup depuis qu'il est au chômage et divorcé de la mère de ses enfants. Sa vie prend un tournant le jour où il rencontre Gagic, un jeune garçon issu de la communauté Rom, qui égrène son quotidien au moyen de menus larcins dans les rues de Paris. Grâce à l'espièglerie de l'adolescent, Bruno va peu à peu remonter la pente et prendre un nouveau départ. Un feel good movie donc, mâtiné de cinéma social. En résulte un premier long-métrage plutôt attachant, bien que maladroit. Le scénario se frotte à des thèmes forts comme la précarité ou l'immigration, mais ne convainc que partiellement en raison d'une trop grande naïveté dans son discours. Reste des personnages plutôt bien écrits (un propriétaire compréhensif, une étudiante contrainte de se prostituer...) et un Guillaume de Tonquédec assez crédible dans un registre inattendu. En antihéros malmené par la vie, il trouve même l'un de ses rôles les plus intéressants. A. L. F.

L'Audition

D'Ina Weisse. Avec Nina Hoss, Simon Abkarian, Jens Albinus... 1h39.

Note de L'Express : 13/20

Outre-Rhin, l'Allemande Ina Weisse est surtout connue en tant qu'actrice, comme dans le récent L'OEuvre sans auteur de Florian Henckel von Donnersmarck. Également réalisatrice (L'Architecte, 2008), elle passe pour la deuxième fois derrière la caméra avec L'Audition. L'histoire d'Anna Bronsky, professeure de violon au Conservatoire, dont l'intérêt pour un jeune élève va progressivement virer à l'obsession. Délaissant son entourage pour ne plus se concentrer qu'à l'examen de fin d'année de cet adolescent, Anna perd peu à peu le sens des réalités. Pas Ina Weisse dont le film est d'une grande rigueur. Mise en scène au cordeau, tension sous-jacente et comédiens dirigés avec brio (dont la parfaite Nina Hoss), tout est appliqué avec soin. Le long-métrage peine néanmoins à convaincre totalement, en raison de cette distance que la réalisatrice instaure avec le spectateur. A l'émotion et l'empathie, Ina Weisse préfère la perfection technique. C'est un choix. A. L. F.