Soeurs d'armes
De Caroline Fourest. Avec Dylan Gwyn, Amira Casar, Camelia Jordana... 1h52.
La note de L'Express : 15/20
Il y a les pour qui y voient une belle mise en valeur d'héroïnes combattant les djihadistes. Il y a les contre qui s'offusquent d'un parti pris politique erroné. Entre, il y a le film. Un film. Une fiction, donc. Basée sur des faits réels selon l'expression consacrée, mais romancée ce qu'il faut afin de divertir et sensibiliser -vertus cardinales du cinéma afin de ne pas tomber dans l'escarcelle de l'élitisme intellectuel. Alors oui. Cette histoire de femmes venues d'horizons divers pour rejoindre les Peshmergas qui se battent contre Daesh est à mille lieues du film documentaire, usant de ralentis et de violons (et de duduk, une flûte arménienne) pour souligner une action ou une émotion. Ce n'est pas du Coppola, encore moins du Malick et certainement pas du Fuller. C'est du Fourest, Caroline de son prénom, journaliste et essayiste souvent controversée. Le nom fait débat et il aurait été amusant qu'elle en change juste pour signer ce premier long-métrage. La volée de bois vert aurait sans doute été moins violente. Car si on se base exclusivement sur l'objet film et de manière objective, c'est factuellement très honnête. Et même, osons le mot malgré la gravité du sujet, réjouissant car audacieux. Dans le paysage cinématographique français surchargé de drames intimistes et de comédies pouet pouet, il est bon de voir débouler une nouvelle proposition où le sérieux de l'affaire n'exclue pas le spectacle -dont les scènes d'action bénéficient par ailleurs d'une maîtrise inattendue. Et rien que pour cela, Soeurs d'armes mérite le détour. C.Ca.
La Vérité si je mens ! Les débuts
De Gérard Bitton et Michel Munz. Avec Yohan Manca, Mickaël Lumière, Anton Csaszar... 1 h 50
La note de L'Express : 15/20
Yallah ! Les revoilà ! Les rois du Sentier de La Vérité si je mens ! (alias le quatuor Patrick-Dov-Yvan-Serge) sont de retour. Mais pour un préquel, soit la genèse de ces personnages emblématiques, à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Paris, début des années 1980. Patrick se lance dans les affaires après un premier échec amoureux ; Dov se fait un nom dans le milieu du textile tout en couchant avec la femme de son patron ; Yvan tente de maintenir à flot son vidéoclub ; Serge ne cesse d'inventer des mensonges pour cacher à ses parents ses piètres résultats scolaires. Le projet de raconter la jeunesse de ces personnages cultes avait de quoi laisser perplexe. Pourtant, le film de Gérard Bitton et Michel Munz, scénaristes de la trilogie qui succèdent derrière la caméra au réalisateur Thomas Gilou, est une bonne surprise. Le scénario reprend l'essence comique et potache des précédents épisodes, mais gagne en profondeur, abordant de front le sujet de l'antisémitisme (comme dans les scènes du service militaire du jeune Patrick Abitbol, interprété par le prometteur Yohan Manca). Riche en surprises, agrémenté de la présence de seconds rôles truculents (dont Gilbert Melki en papa Abitbol !), La Vérité si je mens ! Les débuts est une jolie réussite. Mazel Tov ! Antoine Le Fur
Matthias & Maxime
De et avec Xavier Dolan. Avec aussi Gabriel D'Almeida Freitas, Anne Dorval, Pier-Luc Funk... 1 h 59.
La note de L'Express : 14/20
Ça commence par une soirée entre potes durant laquelle, à cause d'un bête pari perdu, Matthias est obligé de figurer dans un court-métrage au côté de son meilleur ami Maxime. Comme gage, on a connu pire. Sauf que pour la séquence les deux doivent s'embrasser. Sur la bouche. Un baiser qui va éveiller un sentiment enfoui et mettre sens dessus dessous la vie et les envies de chacun. Cette histoire racontée par un autre que Xavier Dolan sombrerait dans le film d'auteur élitiste. Mais Dolan justement est aux manettes, et le bougre a du talent. De l'humour, aussi. Et même, ce qui est nouveau pour le coup, de l'autodérision vu qu'il se moque des réalisateurs prétentieux (reproche qui lui a souvent été fait). Ne lui manque juste que la gestion de l'émotion, le dernier tiers de son film étant trop surligné et étiré. Il est plus à l'aise dans l'affrontement maternel, à travers des scènes très fortes face à Anne Dorval, son actrice fétiche depuis son chef-d'oeuvre, J'ai tué ma mère. Matthias & Maxime lui, n'est qu'un joli film. C'est déjà bien. C. Ca.
La Bonne Réputation
D'Alejandra Marquez Abella. Avec Ilse Salas, Cassandra Ciangherotti, Paulina Gaitan... 1 h 39.
La note de L'Express : 14/20
Sans se lancer dans une analyse économique poussée, rappelons juste qu'en 1982 le ciel s'effondre sur la tête de la bourgeoisie mexicaine quand le taux d'emprunt de la dette du pays, 86 milliards de dollars tout de même, avoisine les 20 %. La plupart des nantis sont ruinés, et La Bonne Réputation raconte cela à travers le point de vue d'une épouse dont les soucis, jusque-là, se limitaient à la gestion de son personnel de maison, de ses tenues de soirée et de ses parties de tennis. Plus dure est la chute quand les regards des amis se détournent, des connaissances se suicident et les enfants accourent en demandant : "Maman, ça veut dire quoi 'saisir' ?" Tout cela filmé avec un soin qui frise le maniérisme, mais, bon sang !, ce que c'est beau ! Le plus réussi et étonnant étant le portrait de cette femme empathique qui subit, pour se révéler finalement antipathique à force d'égoïsme. Bref, un long-métrage bien emballé qui ne fait pas de cadeau. C. Ca.
Fahim
De Pierre-François Martin-Laval. Avec Assad Ahmed, Gérard Depardieu, Isabelle Nanty... 1h47.
La note de L'Express : 15/20
L'histoire vraie de Fahim Mohammad, jeune Bangladais qui fuit son pays avec son père pour se réfugier en France. Tandis que ce dernier se débat pour régulariser sa situation, Fahim va à l'école et consacre le plus clair de son temps à sa passion, les échecs. Il intègre un club dirigé par un joueur émérite mais bourru et... Et on ne dit pas la suite (même si elle est connue) afin de préserver la surprise. Non que le film soit incroyablement étonnant, mais il est indéniablement juste et habile. Il n'y a rien de trop et rien ne manque. C'est émouvant quand ça doit l'être, drôle quand c'est nécessaire, édifiant tout le temps. Pierre-François Martin-Laval (PEF pour les habitués) ne donne pas de "leçon de vie" ni ne politise. Il constate, raconte et, ce n'est pas négligeable, fait du cinéma. Celui qu'on aime, qui rassérène et qui informe, dont on sort avec les yeux humides et le regard pourtant moins flou. Bien vu. C.Ca.
Martin Eden
De Pietro Marcello. Avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi... 2h07.
La note de L'Express : 12/20
Martin Eden. L'un des romans majeurs de la littérature américaine, signé Jack London. Réputé inadaptable, soit dit en passant. Le défi n'a pas effrayé le cinéaste italien Pietro Marcello (Bella e perduta), qui en propose une version revisitée. Le Martin Eden transalpin est incarné par l'hypnotique Luca Marinelli, reparti avec le prix d'interprétation masculine lors de la dernière Mostra de Venise. Si le film de Pietro Marcello prend pour cadre la Naples des années 50 (contre la Californie du début du XXème siècle dépeinte dans le roman), la trame reste la même que dans le livre. Un marin pauvre réussit à conquérir le coeur d'une bourgeoise, ce qui lui permet de se faire une place dans le grand monde. Mais alors que tout lui sourit, il sombre peu à peu dans une violente dépression. Le long-métrage fait ce qu'il peut pour se débattre avec la riche matière littéraire du texte source, d'où un montage hasardeux, à grands coups d'ellipses narratives. Ce scénario abstrait laisse songeur, mais la mise en scène sensorielle et le travail sur l'esthétique générale font de cette adaptation de Martin Eden l'un des films les plus inclassables et bizarrement séduisants de ces dernières semaines. A. L. F.
Queens
De Lorene Scafaria. Avec Jennifer Lopez, Constance Wu, Lili Reinhart... 1h49.
La note de L'Express : 12/20
Incroyable mais vrai. Il y a quelques années, plusieurs stripteaseuses new-yorkaises ont réussi à soutirer des centaines de milliers de dollars à de riches traders de Wall Street. Mais grisées par les arnaques et l'argent à gogo, les demoiselles se sont brûlé les ailes et n'ont pas anticipé les conséquences de leurs actes. En d'autres mots, un vrai scénario de cinéma. Cela tombe bien, l'Américaine Lorene Scafaria (Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare) en a fait le sujet de son dernier film, très sobrement intitulé Queens. Devant la caméra, les effeuilleuses sont interprétées par la revenante Jennifer Lopez (également productrice) et les jeunes Constance Wu et Lili Reinhart. Les esthètes et amateurs de bon goût passeront certainement leur chemin. Queens est un film qui assume sa part de clinquant, et même sa vulgarité. Assez kitch par moments, il fait penser à Showgirls, le nanar/oeuvre culte de Paul Verhoeven. Pourtant, malgré ses défauts évidents, le long-métrage se laisse regarder avec un plaisir que l'on aurait tort de trouver coupable. Le scénario se tient, l'efficacité est au rendez-vous et les actrices n'ont aucun mal à assurer le spectacle. A. L. F.
Shaun le mouton : La Ferme Contre-Attaque
De Will Becher et Richard Phelan. 1h30.
La note de L'Express : 16/20
En 2015, l'adorable Shaun le Mouton réussissait son passage sur le grand écran. Quatre ans plus tard, revoici la petite boule de laine dans Shaun le Mouton : La Ferme Contre-Attaque. Un titre qui fait évidemment allusion à Star Wars mais pas seulement. Ce second volet est un condensé de références à la pop culture. Les réalisateurs Will Becher et Richard Phelan convoquent l'imaginaire de 2001, l'Odyssée de l'espace et X-Files pour cette nouvelle aventure de Shaun, plutôt tournée vers le genre de la science-fiction donc. Près de la ferme du mouton, un vaisseau spatial s'est écrasé. À son bord, une espèce extraterrestre nommée LU-LA, que l'animal et son troupeau vont prendre en affection. Lorsqu'une organisation gouvernementale décide de capturer la petite créature, Shaun et ses compagnons comprennent qu'ils doivent absolument aider cette dernière à retourner chez elle. Drôle, malicieux et émouvant, ce deuxième volet des aventures du célèbre mouton coche toutes les (bonnes) cases et arrive à être aussi réussi que le premier film. Le troisième épisode est donc attendu avec impatience. A. L. F.
