Downton Abbey

de Michael Engler. Avec Maggie Smith, Matthew Goode... 2 h 02.

La note de L'Express : 12/20

Dix ans après sa naissance, la série britannique à succès Downton Abbey est adaptée au cinéma. Le casting de la famille aristocrate et des domestiques ne bouge pas, le créateur Julian Fellowes signe toujours le scénario et la réalisation est assurée par Michael Engler - il a dirigé plusieurs épisodes. L'histoire reprend là où tout s'était arrêté. En 1927, les habitants du château du Hampshire s'apprêtent à recevoir la visite de la reine et du roi d'Angleterre. L'événement met tout le domaine en ébullition et ravive les tensions et les passions. Difficile de condenser la pléthore de personnages et d'intrigues de la série d'origine en seulement deux heures. Fellowes et Engler font donc ce qu'ils peuvent.

Des thèmes sont esquissés mais jamais réellement explicités (la lutte des classes, l'homosexualité...). Les innombrables protagonistes vont et viennent au gré de scènes qui risquent fortement d'embrouiller le spectateur qui ne serait pas familier des aventures de la famille Crawley. Malgré tout, Downton Abbey n'est pas dénué de charme. Les dialogues, désuets et so British, sont particulièrement savoureux. Certains comédiens arrivent à tirer leur épingle du jeu, à l'image de l'excellente Maggie Smith, irrésistible en aristo pince-sans-rire. Cette adaptation se consomme comme une friandise anglaise. Avec plaisir, mais avec modération. A. L. F.

Au nom de la terre

d'Edouard Bergeon. Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Rufus, Anthony Bajon... 1 h 43.

La note de L'Express : 14/20

Edouard Bergeon a fait ses armes comme documentariste. Les Fils de la terre, en 2012, traitaient du mal-être des agriculteurs, poussés au suicide. Un sujet personnel puisque son père, Christian, a mis fin à ses jours en 1999. Au nom de la terre est un drame inspiré de son histoire. Pour le rôle principal, Edouard Bergeon a choisi Guillaume Canet, visiblement très (trop ?) concerné par son interprétation de paysan au bout du rouleau. Construit comme une saga familiale et lyrique, le film, formellement réussi, vaut le détour pour ses seconds rôles. Rufus est parfait en agriculteur de l'ancienne école, tout comme Anthony Bajon, bouleversant en héritier désabusé. Emouvant, Au nom de la terre est, au-delà d'une tragédie épique, le témoin sans fard d'un monde en péril. Comme il est indiqué en conclusion : "Aujourd'hui, en France, tous les deux jours, un agriculteur se suicide." A. L. F.

Bacurau

de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Avec Sônia Braga, Udo Kier, Barbara Colen... 2 h 10.

La note de L'Express : 10/20

Bacurau est un village du sertão, une région aride Nordeste, au Brésil, dont les habitants découvrent, après divers incidents, qu'il a été rayé de la carte. Quand des mercenaires pointent le bout de leurs armes, les malheureux comprennent qu'ils ont intérêt à organiser la résistance s'ils ne veulent pas eux aussi disparaître.

Ambiance western. Un peu fantastique, aussi. Ça verse même dans le gore, parfois. C'est alléchant. Enfin, au début... Car, après les époustouflants Les Bruits de Recife et Aquarius, le réalisateur Kleber Mendonça Filho, qui associe cette fois à la mise en scène son chef déco, signe un troisième film finalement trop ambitieux. Raconter à travers le cinéma de genre la mainmise des consortiums américains, la corruption et autres affres - portées à leur paroxysme depuis l'arrivée de Bolsonaro au pouvoir (le scénario a toutefois été écrit bien avant son élection) - est une sacrée bonne idée, à condition de maîtriser le rythme et tous les enjeux dramaturgiques. Au lieu de quoi le récit s'emmêle souvent les crayons et étouffe plus qu'il ne captive. Le film a du sens. Il lui manque juste une direction. C. Ca.

Les Petits Maîtres du Grand hôtel

De Jacques Deschamps. 1h20.

La note de L'Express : 16 / 20

D'après l'affiche, le nouveau film de Jacques Deschamps est "une comédie musicale documentaire". C'est pour le moins intrigant. Pendant plusieurs mois, le réalisateur a suivi les étudiants en hôtellerie de l'hôtel Lesdiguières, à Grenoble. La particularité de ce lieu qui ressemble à s'y méprendre au Grand Budapest Hotel de Wes Anderson ? L'organisation de l'établissement (le service en salle, la cuisine, l'entretien des chambres...) est entièrement assurée par ces jeunes apprentis et leurs formateurs. Plutôt que d'en faire un documentaire "classique" qui se contenterait de suivre ces adolescents dans l'apprentissage de leur métier, Jacques Deschamps a choisi d'ajouter une touche d'originalité en les faisant chanter ici et là. Et c'est là que le charme opère. Slam P'tit dèj, Oui chef, bien chef !, Nous dans la cuisine... On sent l'influence de l'univers enchanteur de Jacques Demy, au gré des morceaux entonnés par cette joyeuse brigade. Par moments, l'entreprise peut sembler artificielle. De fait, Les Petits Maîtres du Grand hôtel tient davantage du feel good movie que de l'essai cinématographique sur l'adolescence. Mais en ces temps de rentrée, un film aussi singulier au goût de bonbon acidulé ne peut pas vraiment faire de mal. A. L. F.

Rambo, Last blood

De Adrian Grunberg. Avec Sylvester Stallone, Paz Vega, Sergio Peris-Mencheta... 1h40.

La note de L'Express : 13/20

Last Blood promettait d'être le Gran Torino de Stallone. ce sera finalement son Taken , d'une sauvagerie alléchante. Retranché dans une ferme avec ses chevaux, le vétéran John Rambo rembobine ses guerres passées. Le moindre tracas suffirait à ranimer la bête. L'enlèvement de sa nièce par un cartel mexicain la met en rage (la bête). Plus gore que le quatrième en 2008 (John Rambo), ce cinquième volet de la saga culte dynamite la frontière du visuellement correct. Un aplomb, somme toute, miroir du monde actuel, qui patauge sans surprise dans des bains de sang quotidiens. Ce sadisme souvent excessif à l'écran risque d'en déboussoler certains, à l'instar de scènes d'exposition d'une apathie normalement prohibée chez ce béret vert à la crinière poivre et sel. Ces séquences piétinent un peu sa légende, jusqu'à la demi-heure finale, enfin du Rambo pur et dur grâce à la séquence dantesque du ranch assiégé. C'est Maman j'ai raté l'avion et Skyfall boostés aux pièges de Saw. La mort est dans le pré : Rambo plante à la fourche et au couteau ! Ça gicle et ça pique, les champs et les corps crament. Cinq étoiles sur Tripes Advisor ! Quel pied de le revoir arracher mains et jambes ! Il décapite aussi, casse, dépiaute... Pas assez. Si seulement ce pandémonium ultime avait représenté le film intégral ! On tenait alors Fort Alamo version Stallone, possible meilleur de la série. Le sixième corrigera le tir -la star n'étouffe pas le projet. Seuls les fans diront stop ou en gore. J. J.

Port Authority

De Danielle Lessovitz. Avec Fionn Whitehead, Leyna Bloom, McCaul Lombardi... 1h34.

La note de L'Express: 13/20

Paul débarque à New York mais, sortant de prison et refoulé par sa soeur, ne sait pas trop où loger. Un type bas de plafond l'héberge. Il croise une petite bande adepte de voguing (de la danse urbaine pratiquée dans les clubs LGBTQ), au sein de laquelle se trouve la belle Wye. Paul craque, jusqu'à ce qu'il apprenne que sa dulcinée n'a pas toujours été une femme. Ou comment le cinéma indépendant américain s'approprie de manière intelligente et singulière les codes de la comédie romantique... Pour autant, le scénario est mal charpenté, s'attardant trop ici, ne développant pas assez là, et passe du coup à côté d'un long-métrage fédérateur comme pouvait l'être, sur un thème similaire, Crying game de Neil Jordan. Bah ! L'essentiel est qu'en plus d'éviter tout cliché et surlignage, Port Authority a le mérite de sortir des sentiers battus pour raconter le droit à la différence et la quête de tolérance, sans discours moralisateur ou militant. Une gageure. C.Ca.