Il y a deux façons de regarder en arrière. La première consiste à regarder en arrière; la seconde, à regarder devant soi. Ce n'est pas très clair? Bon, alors prenons deux exemples qui font l'actualité: Les Brigades du Tigre, de Jérôme Cornuau, et OSS117. Le Caire, nid d'espions, de Michel Hazanavicius. Des titres qui vous disent sûrement quelque chose, puisque l'un se réfère à une célèbre série télé des années 1970 à moustaches et à tractions avant (le générique faisait: la la la laaa... la la la laaa...) et que l'autre remet en service l'agent secret américain Hubert Bonisseur de La Bath, personnage de roman créé par Jean Bruce en 1949 et passé au cinéma dès 1957 - une chronique devant aussi être informative, il faut préciser qu' «OSS» signifie Office of Strategic Service, soit l'ancêtre de la CIA, et que 117 est le numéro de matricule de Jean Bruce quand il pilotait des avions. Dernière précision: si Hubert était américain sur le papier, il est beaucoup plus flou dans les films de l'époque et totalement blanquette de veau ici, travaillant pour le président René Coty au rayonnement de la France qui gagne.
Dans les deux histoires, il y a des méchants (en 1907, des anarchistes; en 1955, à peu près tout le monde), des péripéties, du spectacle, du plaisir à raconter, des comédiens (Clovis Cornillac, Olivier Gourmet, Edouard Baer, Jean Dujardin, Bérénice Bejo...). Ce n'est déjà pas si mal. C'est même bien. Mais, s'il faut un vainqueur, ce sera OSS117. Le Caire, nid d'espions.
Le problème des Brigades du Tigre, c'est qu'elles regardent trop en arrière (ah! nous y voilà enfin!). Le bouton de guêtre est à sa place, le moteur à manivelle et la boxe à la française. Rien ne manque, si ce n'est un appel d'air frais et une petite musique d'aujourd'hui. OSS117..., lui, ne les a pas oubliés, tendant la main au passé pour mieux résonner de l'époque actuelle. Ce qui procure sourires et rigolades.
Et prouve que, au cinéma comme ailleurs, si le présent s'éclaire à la lumière du passé, l'inverse est aussi vrai.