Fin 2010, pour fêter le succès d'Inception, Warner organise une somptueuse réception dans les collines d'Hollywood. Christopher Nolan, le réalisateur, et Leonardo DiCaprio sont présents. Mais, spectacle curieux, ils s'évitent tout au long de la soirée : Nolan se serait mal entendu avec son acteur sur le tournage - même s'il ne le dira jamais. Et DiCaprio a la réputation d'être difficile. Clint Eastwood, connu pour ses méthodes de travail minimalistes, aurait, lui aussi, été contrarié par son interprète sur J. Edgar. "Il n'est pas fan", dit laconiquement une collaboratrice du réalisateur.

Médisance ou réalité? Pas évident de faire la part des choses. Il y a, avec DiCaprio, deux problèmes concomitants. D'abord, il est un adepte de la Méthode, qui pousse l'acteur à s'immerger totalement dans son rôle, même hors tournage. Daniel Day-Lewis procède également ainsi. Cela s'avère payant au final, mais peut engendrer des tensions quand le réalisateur a une vision différente du rôle et du projet, et ne se laisse pas marcher sur les pieds. "Avec quelqu'un comme DiCaprio, explique Nolan, il faut être extrêmement respectueux de ses choix créatifs." Oui, mais parallèlement, un réalisateur doit imposer son autorité, et c'est là que la bataille commence.

Si Martin Scorsese aime tourner avec DiCaprio, c'est qu'il sait, après sa longue association avec une autre vedette exigeante, Robert De Niro, comment manoeuvrer. On peut cependant comprendre qu'un acteur de l'envergure de DiCaprio tente de défendre son point de vue, et les conflits sont parfois constructifs. Mais la réputation du comédien souffre d'un second problème. Acteur depuis l'enfance, idole dès l'adolescence, il est habitué à être constamment entouré, protégé, choyé. Résultat : les anecdotes lâchées par les professionnels qui l'ont côtoyé dépeignent un comédien talentueux, certes, et capable de générosité, mais aussi gâté, capricieux, égocentrique et pas toujours coopératif. Le genre de comportement qui agace autant quelqu'un comme Eastwood que les studios - qui, en plus, payent les factures. Et ce qui, autrefois, pouvait passer pour les lubies d'un sale gosse, devient indigeste quand on parle d'un homme de 37 ans, au patrimoine estimé à plus de 200 M$, et qui prône une image publique autrement plus responsable. Les conséquences? Mis à part une rumeur persistante, il n'y en a pas. DiCaprio est une superstar. Il a donc une immunité. Et il le sait.