Patricia Highsmith, John Wainwright, Marc Behm, Nina Berberova. Voilà, entre autres, les écrivains que Claude Miller a lus. Et qu'il a adaptés au cinéma, plutôt avec bonheur: Dites-lui que je l'aime, Garde à vue, Mortelle Randonnée, L'Accompagnatrice. Un véritable cri d'amour pour l'adaptation qui n'est pas près de s'éteindre, puisque le réalisateur vient de porter à l'écran un roman de Ruth Rendell sous le titre Betty Fisher et autres histoires.
«Quand j'écris un scénario original, je vis dans l'anxiété parce que j'ai une tendance à l'autocritique systématique, explique le réalisateur. Alors que, si je m'inspire d'un livre, l'émotion que j'ai ressentie me sert de terreau. Je sais à quoi me raccrocher. Et puis, j'aime l'aspect ludique de l'adaptation.» Cette fois-ci, ce sera donc Ruth Rendell, la reine de la plume au rasoir, qui entaille les psychoses d'une société anglaise dont la tasse de thé n'est plus qu'un écran de fumée. Claude Miller, plutôt versé dans le polar américain, ne connaissait pas Rendell et c'est en voyant La Cérémonie, de Claude Chabrol, autre adaptation d'une oeuvre de la romancière, qu'il s'est mis à dévorer ses livres. Il tombe sur Un enfant pour un autre et en fait le sujet de son film: la mère, folle, d'une femme qui vient de perdre son enfant en kidnappe un et le «donne» à sa fille pour atténuer sa douleur.
«Comme souvent dans mes films, je traite de l'élément toxique présent dans une famille. Malgré l'extrémisme de la situation, je pense que le spectateur peut y trouver des situations reconnaissables, car nous avons tous un ami ou un parent qui est confronté à ce genre de problème. Le suspense qui se met en place est fondé sur l'intimité. Et j'aime beaucoup, dans cette histoire, l'idée que la morale soit relative. La conduite de Margot, la mère, est discutable, bien sûr. Mais de son point de vue, elle agit pour le bien de sa fille.»
Malgré quelques raccourcis nécessaires au rythme d'un film, Claude Miller est resté très fidèle à la fiction de Ruth Rendell. Le prochain projet du réalisateur pourrait s'appeler La Mouette. Il s'agit non d'un documentaire animalier, mais d'une modernisation du texte d'Anton Tchekhov. Egalement appelée une adaptation.