Y a-t-il encore quelque chose à raconter sur le monde de la finance? Depuis quelques années, entre films (Margin call...) et sagas à rebondissements qui font la une des journaux et les bonheurs des chaînes info (Jérôme Kerviel...), on pourrait avoir l'impression que tout a été dit. Et surtout que la fiction ne pourra plus jamais dans ce domaine dépasser la réalité! Mais voilà qu'en trois heures, Scorsese dément de la plus brillante des manières cette intuition.
Il porte ici à l'écran les mémoires de Jordan Belfort, un courtier en bourse qui a passé 20 ans en prison pour avoir participé à une gigantesque arnaque, dont la découverte par les autorités américaines a permis, au- delà de son cas particulier, un coup de projecteur sur la corruption généralisé régnant à Wall Street. Mais il le fait à sa manière, avec son sens du cinéma qui ne se dément pas au fil des années, avec son enthousiasme qui ne faiblit pas au fil des films. Optant comme colonne vertébrale de son récit pour le classique triptyque ascension-chute-rédemption, son Loup de Wall Street se révèle un Affranchis des années 2000 avec des personnage obéissant aux mêmes codes et partageant le même sentiment d'impunité, les mêmes méthodes mafieuses.
Par sa mise en scène flamboyante et son montage rythmé, Scorsese ne laisse pas une seconde de répit au spectateur. Certes, il ne dévoile en soi rien qu'on ne connaissait déjà sur ce monde de la malversation reine mais il sait y distiller ce mélange de panache, de folie des grandeurs et d'excès en tout genre qui tiennent en haleine. Ce cocktail qu'on retrouve dans la prestation une fois encore fascinante de son acteur devenu fétiche depuis maintenant plus de 10 ans: Leonardo Di Caprio. Qu'il joue le "rookie" en quête de reconnaissance, le petit prince de Wall Street que rien ne peut arrêter, l'accro aux substances les plus diverses et les plus dures ou le roi déchu abandonné par tous, il délivre une performance physique qui repousse encore les limites qui semblent infinies de son charisme.
Mais Le loup de Wall Street ne se résume pas pour autant à un one man show Di Caprio car, comme à son habitude, Scorsese a su l'entourer de seconds rôles fouillés et campés avec le même brio par Jonah Hill, Matthew Mc Conaughey, Kyle Chandler, Jon Favreau... ou encore Jean Dujardin. Qu'ils aient une scène marquante ou accompagnent le récit sur plusieurs années, leur justesse donne de la densité et de la fantaisie à ce Loup de Wall Street où, chose rarissime dans ce type de films, le personnage féminin principal n'est pas réduit à une caricature et joue un rôle essentiel. Margot Robbie l'incarne telle une bombe anatomique prête à exploser à tout moment. Ce n'est pas la moindre des bonnes raisons pour partir déguster ces 3 heures de cinéma pur.
