Sofia Coppola s'exprime avec douceur et circonspection. Ses sourires sont fragiles. On la devine pourtant forte, volontaire, entêtée. Et talentueuse. La fille du légendaire réalisateur d'Apocalypse Now signe, à 28 ans, son premier film, Virgin Suicides, envoûtante peinture de l'adolescence dans une banlieue américaine des années 70. La mise sur rails de la production fait partie de ces histoires que le cinéma aime se raconter. «J'ai acheté le roman de Jeffrey Eugenides à sa sortie. Le titre et ces longs cheveux blonds sur la couverture m'ont intriguée. C'est devenu mon livre favori, alors que je n'aimais que les classiques, comme Lolita. L'atmosphère mélancolique et sensuelle du récit m'a attirée. J'ai grandi différemment, mais j'ai reconnu ces mêmes jours d'été qui n'en finissaient pas, quand il n'y avait rien d'autre à faire que de regarder ses pieds dans l'herbe.»

Sofia commence alors à écrire le script sans même penser à le terminer, encore moins à le réaliser. «Mais je me sentais si proche de ce texte que je voulais le défendre. Je n'avais même pas les droits et un film était déjà en préparation.» Elle rencontre quand même les producteurs. Son enthousiasme et son approche du sujet jouent pour elle. Près d'un an plus tard, ils la rappellent. La voici réalisatrice. Influencée par la photographie, elle veut que le film soit «visuellement à l'image de l'adolescence, gauche, comme des photos d'amateurs».

Reste la technique. Sofia n'a jamais pris de cours de cinéma, mais a passé son enfance sur les plateaux de tournage de son père. «J'écoutais, regardais. J'ai tout appris sans m'en rendre compte. C'est une éducation différente de celle vécue par d'autres enfants. Mon père nous demandait où nous voulions voyager et l'intégrait dans un scénario pour que nous puissions y aller. Ou il revenait à la maison d'un tournage avec des bébés tigres, et nous jouions avec.» Les réponses sont courtes, la jeune réalisatrice a du mal à parler de son film et s'en rend compte: «C'est difficile d'expliquer ce que je ressens, car c'est justement pour ça que je fais du cinéma, pour communiquer.» L'univers de Sofia Coppola est à son image: tendre, rêveur, tragique, et il s'en dégage une grâce au charme insidieux.