"Deauville n'est plus ce qu'il était"... La phrase, souvent entendue, dans le milieu du cinéma cache en fait une réalité plus complexe. Alors que s'ouvre ce week-end la 37è édition du Festival du cinéma américain, le Deauville actuel n'a plus grand chose à voir avec celui des années 80, lorsque les stars débarquaient en rang d'oignon sur la côte normande pour venir lancer leurs superproductions. À Deauville à l'époque, on mangeait de la star au quotidien et Steven Spielberg, Harrison Ford, Tom Cruise ou Robert de Niro s'y croisaient dans un ballet ininterrompu.

Cette année, les stars ne seront pas absentes (Jason Bateman, Emma Stone, Danny Glover, David Schwimmer, Ellen Barkin, Jessica Chastain et des hommages à Francis Ford Coppola, Blake Edwards, Todd Solondz, Shirley MacLaine, Danny Glover, Naomi Watts), mais les tenants de la Top List manquent quand même à l'appel. Pas de George Clooney, Madonna ou Kate Winslet qui préfèrent aller défendre leurs films à la Mostra de Venise et le Festival de Toronto. Même chose pour les films: les quelques gros morceaux américains de la fin d'année (Les aventures de Tintin:le secret de la licorne, Twilight 4, Mission impossible 4) ne sont pas encore prêts.

On le comprend: depuis une dizaine d'années, le Festival du cinéma américain a dû faire face à une évolution de la planète cinéma et à une redistribution des cartes entre festivals. D'abord, la globalisation hollywoodienne (motivée par la lutte contre le piratage) a poussé les grands studios US à opter pour des sorties mondiales. Désormais, les gros blockbusters sortent de mai à août sur l'ensemble des territoires, privant ainsi Deauville et sa fenêtre de rentrée des "gros" films. Deuxièmement, si la Mostra de Venise éprouve de plus en plus de mal à maintenir son statut (si ce n'est de sélectionner des films davantage pour le red carpet que pour leur réelle valeur), le Festival de Toronto au Canada (du 8 au 18 septembre) est désormais le lieu incontournable pour les studios américains, la rampe de lancement idéale pour les blockbusters de fin d'année qui débutent leur campagne pour les prochains Oscars.

Arès un sérieux passage à vide au tournant du siècle, la tête pensante du Festival, Bruno Barde, a réorienté le Festival de Deauville. Il y a d'abord introduit, en 1995, une solide compétition de films indépendants inédits, primant ou découvrant des perles telles que Little Miss Sunchine, Collision, Dans la peau de John Malkovich, Memento et plus récemment Precious ou Buried. Autres ajouts, les Nuits américaines (une orgie du meilleur du cinéma américain) et depuis l'année dernière, une section consacrée aux séries TV. 2011 verra l'avènement d'un Film corner (afin de faciliter l'achat de films américains inédits en France) et d'un Nouvel Hollywood qui célébrera les stars montantes ; cette année Ryan Gosling.

A Deauville désormais, ce n'est plus trop le tapis rouge qui fait le plein, mais les salles obscures. Moins de stars, plus de films: de quoi faire la joie des uns et la déception des autres...