Invité de dernière minute de la compétition 2016 à Cannes, l'iranien Asghar Farhadi est revenu poser sa caméra en Iran après une parenthèse française pour Le passé (qui avait valu à Bérénice Bejo un prix d'interprétation voilà trois ans). Et il reste fidèle à ce qui constitue la marque de fabrique de son cinéma: ce goût pour décortiquer les mécanismes qui entraînent des individus en apparence calmes et inoffensifs vers des comportements jusqu'au-boutistes et cruels, à la suite d'un événement venu percuter leur quotidien.
Dans Une séparation, tout partait du renvoi d'une femme de ménage. Et dans Le client, c'est le déménagement forcé d'un couple de comédiens sous la menace de l'effondrement de l'immeuble où ils vivaient qui va déclencher les hostilités. Et, plus précisément, leur arrivée dans un nouvel appartement où la vie dissolue de leur ancienne locataire va venir impacter leur vie et distiller un venin qui va peu à peu dévorer le lien qui les unit.
Un malaise de plus en plus désagréable
Ce drame conjugal tendu séduit par sa mise en scène rigoureuse, à l'os. Mais il a aussi ce mérite à ne jamais chercher à se montrer aimable et, bien au contraire, à susciter un malaise de plus en plus désagréable à travers la quête du mari de ce couple pour retrouver et humilier celui qui s'est introduit dans leur appartement et a provoqué un traumatisme chez sa femme incapable depuis de reprendre une vie normale et de poursuivre les représentations de Mort d'un commis voyageur qu'ils interprètent sur scène. Cette obsession à pousser ce "coupable" à avouer son fait devant sa propre famille et lui faire perdre son honneur joue sur la longueur et un certain épuisement. Ce qui explique sans doute pourquoi la conduite du récit paraît moins virtuose par rapport à Une séparation dont il ne retrouve jamais vraiment le fascinant aspect implacable, en appuyant ici ou là un peu trop des choses qu'il avait choisi jusqu'ici de suggérer
A force de creuser le même sillon - le propre d'un auteur -, Farhadi semble donc ici plus bégayer qu'avancer. A la manière, ces derniers jours, de Xavier Dolan et Nicolas Winding Refn. Ce qui explique son accueil positif mais sans enthousiasme, lors de la présentation à la presse hier soir. Cet air de "déjà-vu en mieux" n'empêche cependant pas Farhadi de se poser en candidat potentiel à des prix, notamment pour ses deux remarquables interprètes principaux, habitués de son cinéma: Shahab Hosseini (le mari de la femme de ménage d'Une séparation) et Taraneh Allidousti (l'Elly d'A propos d'Elly).
