C'est une farandole enchantée, une guirlande de lucioles, un rêve semé de paillettes et de chansons. Dans le second film de Maïwenn, les actrices sont exquises. Roublardes, orgueilleuses, vulnérables, têtes à claques, paumées mais délicieuses, toujours délicieuses. Parce qu'elles sont imparfaites, justement, et que Maïwenn a le chic pour enchevêtrer fiction et réalité jusqu'à nous perdre. En prestidigitatrice, elle fait surgir de sa poche mille voiles de couleurs qui sont autant de facettes des comédiennes. On a beau savoir que c'est un tour de passe-passe, on se laisse happer par ses magies, émerveillé. D'autant que ses actrices se prêtent au trucage. Chacune joue son propre rôle, sans être ni tout à fait elle-même ni tout à fait une autre. Karin Viard est mordante et drôle, prétentieuse et fragile. Charlotte Rampling altière et simple, assurée et fissurée. Julie Depardieu maladroite et triste, agaçante et enfantine. Sous les illusions, la vérité s'esquisse, se devine. Il y a ce qu'elles sont, ce que l'on pense qu'elles sont et ce qu'elles ne seront jamais, que Maïwenn a emprunté à d'autres. Elles ne sont jamais plus authentiques que lorsqu'elles chantent. Chacune a sa rengaine écrite sur mesure, qui en dit long sur son être ou son mal-être. Maïwenn les met en scène comme des bribes de comédie musicale, dans une débauche de décors en technicolor. Muriel Robin, grimée en clown blanc, y fredonne sa souffrance de n'être qu'une comique aux yeux des metteurs en scène. Elle est bouleversante. À l'évidence, Maïwenn, la réalisatrice qui joue une réalisatrice qui filme des actrices au quotidien, aime véritablement ces femmes. Son film n'est rien de plus qu'une formidable déclaration d'amour à celles qui ne vivent que pour être adorées et regardées, fantasmes de lumière projetés sur grand écran. C'est que Maïwenn aussi est une actrice, elle en connaît toutes les ombres et tous les soleils. D'ailleurs il lui ressemble, ce Bal des actrices, à la fois ludique, irrévérencieux, extravagant et follement touchant comme elle sait l'être. Pour ça qu'elle torpille sa propre image avec le même sens de l'autodérision que ses héroïnes. Dans le couple qu'elle s'invente avec Joey Starr, elle s'en mange plein les molaires, la cinéaste qui se prend pour un grand auteur. Joey Starr, parlons-en, on ne l'a jamais vu comme ça. Le molosse qui fait trembler les petites vieilles est un acteur, un vrai de vrai, ça crève les yeux, mais il n'y avait que Maïwenn pour le révéler à ce point. Ce petit bout de femme à la détermination sauvage a donc tous les talents. Ça, du moins, ce n'est pas une illusion.