On était resté, avec Laetitia Casta, sur un différend, celui d'une chronique sur elle, parue dans Studio Ciné Live il y à quatre ans, qui mettait en doute ses qualités d'actrices. D'où la nécessité, avant toute chose, de crever l'abcès. Elle sourit quand on lui ressort l'objet du délit. "Ce que je n'avais pas supporté, à l'époque, c'est que c'était la femme qui était attaquée, pas l'actrice. D'autant plus que j'accepte volontiers les critiques sur mon travail."
Dans un grand éclat de rire, elle confirme que cela lui a fait mal. Ne serait-ce pas là un bon résumé du personnage Casta? Un petit bout de fille chaleureuse, maligne et butée. Loin, très loin, donc, de l'image sur papier glacé qui a fait sa gloire au temps des podiums, et qui perdure aujourd'hui encore. Une image qu'elle semble regarder, à présent, comme une photo jaunie ressortie d'un album. "Il y a beaucoup d'actrices qui ont commencé dans le mannequinat et qui, d'un coup, se sont mis un voile sur le visage et renié ce passé pour avoir la carte. Moi, je m'en fiche, et j'assume totalement mon parcours. C'est quelque chose de personnel et d'intime. Ça va faire vingt-deux ans que je travaille et je suis fière de tout. Je suis quelqu'un d'entier."
Si on ne l'avait pas encore compris, Laetitia Casta enfonce le clou. "J'ai le goût du risque", lance-t-elle, dans un grand éclat de rire.
C'est pourquoi, Une histoire d'amour, d'Hélène Fillières, est symbolique et sûrement un cap important dans sa filmographie. Une histoire de passion jusqu'au-boutiste sur fond de sadomasochisme et de destruction. Un film entier, radical, qui hypnotise ou qui provoque le rejet. "Comme moi, rigole-t-elle. Je pense que les terrains difficiles ne sont pas là forcément où vous les imaginez. Je peux me sentir déstabilisée quand on me propose de jouer des rôles de femmes dans le quotidien, comme ce qu'Yvan m'a proposé dans Do Not Disturb. Mon personnage dans Une histoire d'amour est brutal, entier. C'est un personnage à composer.
Une histoire d'amour n'est pas tant un film sur le masochisme qu'une histoire d'amour total, une prise de contrôle des sentiments." Ne pas être actrice pour être rassurée, accepter l'enjeu, la confrontation, préférer celui qui donne trop plutôt que pas assez, voilà pourquoi Laetitia Casta ne pouvait qu'embarquer dans ce projet, dont le tournage fut particulièrement tendu. Avec, à côté d'elle, un autre acteur entier, Benoît Poelvoorde. "On était comme deux lions en cage, avec deux personnalités bien trempées, mais c'est aussi pour cela qu'Hélène est venue nous chercher. C'est quelqu'un de puissant, de fulgurant, avec cette fragilité touchante, même si elle peut devenir parfois enivrante."
Passer le cap
Laetita Casta, sans le vouloir, est à un cap de sa carrière, puisqu'en quelques mois, on l'aura vue dans trois films aussi différents que Do Not Disturb, Arbitrage, avec Richard Gere, puis Une histoire d'amour. "Un cap? Non, c'est le cinéma qui passe un cap, sans vouloir être prétentieuse. Jusqu'à maintenant, je me suis sentie désirée par le cinéma mais à petite dose. Si l'on m'avait proposé ces trois films bien avant, je les aurais faits! Cela a été long, je vous assure."
Elle a commencé à travailler à 19 ans et, pourtant, elle considère qu'on s'adresse encore à elle comme à une débutante. Oublié le succès de La bicyclette bleue, sur France 2, en 2000, le premier Astérix et, même, Les âmes fortes, où Laetita Casta se frotte au cinéma de Raoul Ruiz. Mais, déjà, une détermination sans faille: "J'ai été au Portugal le rencontrer, juste pour le convaincre. D'un coup, avec lui, je vivais mon rêve, tout devenait possible."
Elle qui, quand elle montait les marches de Cannes en tant que mannequin pour L'Oréal, rêvait en secret au bonheur de refaire le grand escalier, cette fois au sein d'une équipe de film. Vient ensuite Gainsbourg (vie héroïque), de Joann Sfar, où elle incarne Bardot, un rôle aussi évident que casse-gueule. Quitte à replonger la tête la première dans l'image d'Épinal qu'elle tentait absolument d'effacer. "Je ne voulais effectivement pas le faire au départ. Et, finalement, je me suis dit qu'il était temps que je m'amuse de tout ça."
Elle cite Ruiz, Damien Odoul, Patrice Leconte ou Yvan Attal et Hélène Fillières comme ses belles rencontres, car certains d'entre eux ont tenu bon quand tout le monde les dissuadait de la prendre dans leur film. Mais la plus belle de toutes? "Celle avec la caméra. Je me suis longtemps demandé comment on pouvait donner autant à une machine. Mais, aujourd'hui, le silence d'un plateau, le bruit de la caméra sont comme un cocon, un endroit où je peux me lâcher, tout jouer." Le bruit de la caméra comme un coeur qui bat. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.
