Sigourney Weaver le disait déjà la semaine dernière aux César, s'étonnant qu'Avatar soit devenu ces derniers jours un invité illégitime aux Oscars cette année. Trop de bleu, trop de succès, trop de dollars. La bronca anti Avatar qui n'a cessé de souffler sur Hollywood ces derniers jours aura donc trouvé sa voie cette nuit lors de ces 82ème Oscars. David contre Goliath, on a toujours adoré ça à Hollywood ! Encore un peu et Avatar allait même voir lui échapper l'Oscar des meilleurs effets spéciaux au profit de Star Trek ! Hollywood n'a quand même pas été jusque-là... Mais, la soirée a été rêche pour James Cameron, Avatar étant relégué au rang de simple grosse machine sans âme. Ce qu'Avatar n'est surement pas.
James Cameron, le réalisateur fou, avait sûrement trop de talent pour qu'on le reconnaisse encore une fois après Titanic. La messe est dite. Comme beaucoup d'autres avant lui (Spielberg ou Scorsese ont attendu des dizaines d'années avant de recevoir l'Oscar du meilleur metteur en scène), Avatar a perdu au profit de Démineurs. Un mal pour un bien puisque le film de Kathryn Bigelow, véritable bombe à retardement de mise en scène, un film âpre et intense a raflé la mise. Et la mise en scène, une première pour une femme aux Oscars.
Délire visuel contre économie de moyens. Space opéra contre film politique. Deux films de guerre en revanche qui montrent une nouvelle fois que l'Amérique d'Obama n'a toujours pas digéré ses années Bush. Mais au final, Avatar et Démineurs sont deux grands films, certes aux des antipodes l'un de l'autre mais qui montre s'il en était encore besoin, la diversité de la production hollywoodienne actuelle (on pourrait ajouter à cette liste le mélo Precious, la beauté de A single man, la poésie de Là-haut ou le délire incontrôlé d'Inglourious Basterds). Brillant palmarès pour une seule année !
Et que dire d'un Oscar enfin décerné à Jeff Bridges pour Crazy Heart, un acteur qui mène son talent versatile et sa bouille de tendre rêveur entre blockbusters et films d'auteurs depuis près de 40 ans ! Et Sandra Bullock, une star aux Etats-Unis, totalement méprisée chez nous, vient d'établir un record : elle aura gagné en moins de 24h l'Oscar de la meilleure actrice et le Razzie Award (les Brutus américains) de la pire actrice de l'année. On est à Hollywood et tout est possible...
Comme d'habitude, la cérémonie en direct du Kodak Theatre aura été un modèle de savoir-faire, des vannes au vitriol du duo de présentateurs Steve Martin/Alec Baldwin aux parodies et petits gimmicks rigolos (la présentation de l'Oscar des films d'animation, la nouvelle version de Paranormal Activity). Jusqu'à cet hommage d'une simplicité biblique à John Hughes, le pape de la comédie teenager, le papa de Breakfast Club et de Ferris Bueller, avec réunis sur scène tous ses jeunes acteurs devenus quadras (MollyRingwald, Ally Sheedy, Matthew Broderick, Judd Nelson).
Pour cette génération comme pour les autres, Hollywood a quitté cette nuit le rêve pour l'âge de raison.
