Je vous préviens, je vais parler de moi. De mon fils, plus exactement. Qui, l'année dernière, en classe de seconde, a lu La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette. En deux mots, le livre l'a emmernuyé. D'ailleurs, il m'en parle souvent, plus souvent que de certains romans qui lui ont plu. Ce qui me donne à penser que l'ennui est bien proche de l'intérêt, voire de la passion, pour peu qu'on lui enlève ces habits dont parfois les adolescents le vêtent et qui ont à voir avec la pudeur, le souci de singularité et la fabrication de soi.
La dernière fois que mon fils m'a parlé de La Princesse de Clèves, c'était en sortant de la projection de La Belle Personne, de Christophe Honoré, adaptation moderne et lycéenne de ce roman, où la jeune Junie, aimée par son camarade de classe Otto, tombe sous le charme de son prof d'italien, Nemours, qui lui rend cet amour interdit. M'avouant qu'Honoré avait largement respecté le texte d'origine - il s'en souvenait donc à ce point ! - mon fils achevait la conversation en plaçant ce film parmi ses favoris de l'année.
Il faut voir dans cette affection l'effet miroir d'un âge où toutes les amours sont possibles, et les peines également, où les questions qui entourent les sentiments ne trouvent souvent leurs réponses que dans des actes dont le romanesque échappe encore à ces adolescents.
C'est ce que filme magnifiquement Honoré. Et le temps qui me sépare, moi, comme vous, comme d'autres, de cette époque où tout se vit dans la découverte s'est soudain comblé. Cette Princesse de Clèves, dont Nicolas Sarkozy estima qu'elle était poussiéreuse et tellement vieille qu'on se devait de la laisser reposer, est bien d'aujourd'hui. Car elle parle de l'amour, qui, lui, est de toujours.