Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines) confronte deux hommes: un Indien qui sort de la Seconde Guerre mondiale incapable de prendre sa vie en main, paralysé par des maux de tête, et un Français, le futur fondateur de l'ethnopsychiatrie, George Devereux, rejeté par les institutions, mais fort d'une confiance en son savoir. À travers leurs discussions, le scientifique va démêler l'écheveau des troubles de son patient.

Film forcément bavard, Jimmy P. vaut par les choix judicieux de Desplechin, notamment sa volonté d'illustrer les rêves. Grâce à ces passages tantôt fantastiques, tantôt flash-backs classiques, le cinéaste nourrit son film pour qu'il ne tombe jamais dans une série d'échanges ennuyeux. Sa mise en scène, toujours au plus proche de Benicio Del Toro -comme s'il voulait pénétrer son âme-, ajoute à la tension.

Méconnaissable en Indien complexe, tout, en Benicio Del Toro, est malaise, un étranger dans son propre pays. Face à lui, Mathieu Amalric apporte une verve, une ironie et une mélancolie, entre sérieux et légèreté.

Ce film d'exil de Desplechin serait presque l'antithèse parfaite d'Un conte de Noël, oeuvre très personnelle, familiale, tournée dans ses terres du Nord. Comme si le cinéaste avait eu besoin de s'évader. Voilà, en tout cas, un diptyque qui confirme le talent d'un cinéaste en pleine possession de ses moyens, qui sait aller au coeur de l'âme au gré d'un cinéma qui ne ressemble à aucun autre.