Pour ceux qui suivaient l'équitation dans les années 80, le parcours du cavalier Pierre Durand semblait sorti d'une fiction. Promis à une carrière d'avocat, il avait tout plaqué pour se consacrer au saut d'obstacles en montant un cheval - Jappeloup - trop petit et caractériel pour gagner quoi que ce soit, et finit pourtant par devenir un héros. Les success stories trop belles pour être vraies constituent souvent des pièges quand on essaie de les raconter en fiction. Mais si Duguay ne réinvente pas les codes du biopic, son sens pertinent du récit et de la gestion des rebondissements tient en haleine. Il a aussi l'intelligence de ne pas faire de Durand un héros bien sous tout rapport. Tant dans ses relations sportives, familiales (Daniel Auteuil et Marina Hands, remarquables en père et femme de champion), il dépeint un personnage complexe et bouffi d'orgueil. C'est grâce à cela que ce biopic ne verse pas dans la guimauve. Et grâce, surtout, à l'interprétation de Guillaume Canet. Excellent cavalier, il s'est plongé à corps perdu dans ce personnage, évite d'avoir recours à une doublure pour toutes les scènes de compétition et offre à Duguay des possibilités infinies pour sa réalisation. Ce beau film populaire, formellement ambitieux, y trouve sa crédibilité. La fiction a su rattraper la réalité.