Une page de notre histoire nullement polémique mais désincarnée. Oublions tout de suite la très vaine controverse instrumentalisée lors de la présentation cannoise par un député de la majorité en mal de publicité et qui n'aura récolté au final que le ridicule de celui qui parle sans savoir et pour ne rien dire. Si le film débute sur le massacre de Sétif (sans l'exploiter de façon partisane ni en contrefaire, comme cela fut prétendu, le nombre de victimes), le film de Rachid Bouchareb, très lointaine "suite" d'Indigènes, ne cherche jamais à faire l'apologie d'un camp contre l'autre. En suivant le destin de trois frères dont l'un d'entre eux va devenir membre actif du mouvement pour l'indépendance de l'Algérie, le cinéaste cherche au contraire à comprendre comment la violence et l'engrenage fatal des représailles entre le FLN et la police française mena à une politique d'attentats sanglants qu'il ne cautionne à aucun moment. Non seulement il ne glorifie ou n'héroïse jamais ces combattants de l'ombre mais, bien au contraire, il les montre sous un jour déshumanisé, ayant tout sacrifié à leur idéologie. Filmé - sans parvenir hélas à se hisser au niveau de ses modèles - à la manière d'un film noir entre Lang et Melville, Hors-la-loi manque de souffle épique. Ses héros manquent de cette dimension romanesque qui eût suscité soit l'empathie, soit la détestation, mais en tout cas une émotion. Celle-là même qui manque de bout en bout et eût réchauffé cette fresque quelque peu froide.