L'univers de Spike Jonze est peuplé de doubles fantasmés et de créatures imaginaires grâce auxquels des êtres esseulés s'échappent du monde réel. En trois films, Dans la peau de John Malkovich, Adaptation, Max et les Maximonstres, le réalisateur a imposé sa patte de fabuliste.
Her aurait pu être son chef-d'oeuvre. L'idée est formidable: dans un futur proche, un homme brisé par une séparation tombe amoureux d'un programme informatique à l'intelligence évolutive nommé Samantha, avec qui il parle. Il y avait mille choses à développer sur les égarements des relations virtuelles, sur ces émotions, inaccessibles aux machines, qui sont l'essence de l'humain. Jonze n'en donne qu'un aperçu, à la fin, et tourne en rond.
Her n'est qu'une histoire d'amour impossible inutilement étirée, banale dans le fond, magnifique dans la forme. Suspendu aux murmures troublants de Scarlett Johansson, la voix de Samantha, Joaquin Phoenix donne chair et âme à une passion imaginaire. Il est le coeur battant d'un Los Angeles épuré, hors du temps, aux verticales vertigineuses piquées de passants solitaires, nimbées d'une brume dorée. Une image de rêve ou de cauchemar. Qui n'en finit pas.
