C'est aussi cela qui est bon avec le grand Clint... Même quand il revient à un cinéma plus commercial pour garnir les caisses de Warner, même quand les ficelles deviennent grosses comme son poing, il persiste et signe dans un cinéma plein de classe et d'intelligence. Pourtant, avec Gran Torino, Clint Eastwood en rajoute dans le rôle de Walt Kowalski, vieux veuf facho barricadé dans son aigreur face à la violence d'une banlieue américaine où Chinois et Mexicains font la loi.
Même si avec Clint, il faut le savoir, on ne fait jamais la loi bien longtemps. Certes, le scénario est attendu, et Eastwood en fait des tonnes en grommelant et crachant sa haine comme un vieux chat crétin... Mais Gran Torino fonctionne à plein. Un film souvent drôle et parfois très touchant, un mélange des genres casse-gueule entre thriller vengeur et ode à l'acceptation de l'autre, en l'occurrence, un jeune Asiatique que le vieil homme va finir par prendre sous son aile, se réinventant une nouvelle (vraie) famille. Le scénario est plus sournois qu'il n'y paraît, la mise en scène regorge d'idées et d'élégance, bercée par une partition hypnotique de son rejeton Kyle. Et puis, ils sont peu aujourd'hui, dans le cinéma américain, à pouvoir vous arracher une larme en un seul plan. Clint Eastwood est de ceux-là. Un grand bonhomme, décidément. n