Dans J'irai où tu iras, l'actrice-réalisatrice et son amie inséparable Leïla Bekhti incarnent deux soeurs ennemies dont le père est atteint d'un cancer. Pas de pathos pour autant, beaucoup de rire, autant d'émotion, pas mal de variété, et du style bien entendu.

L'Express : Dans quel style s'inscrit J'irai où tu iras ?

Géraldine Nakache : Quand j'écris, je ne me demande pas à quel style ressemblera l'histoire. Maintenant, la comédie est pour moi un vecteur évident, car qui dit comédie dit humour et "contournage" : on rigole parce qu'on fait semblant, parce qu'il vaut mieux aller vers la lumière. On pleure, évidemment, c'est exutoire, mais il faut se marrer tout de suite après. C'est au montage que je règle la jauge. Quand j'ai toute l'histoire sous les yeux, que je vois la partition dans son ensemble et que je dois retrouver la musique de la vérité. Et ma vérité, c'est me cacher dans la salle de bains pour pleurer, puis en sortir et lancer une vanne. A l'écran, ce n'est pas possible. Il faut tout montrer. Et les gens choisissent ce qu'ils préfèrent. Quand c'est triste. Quand c'est drôle. Ou les deux.

Quel style de soeur êtes-vous ?

Il faut demander à Olivier [Nakache, coréalisateur avec Éric Toledano d'Intouchables] ! Je suis la cadette dans toute sa splendeur : j'idolâtre, je respecte... Olivier a sept ans de plus que moi, et ça me va très bien. J'adore être la petite. C'est génial d'admirer le frère qu'il est. Si, avec Eric, ils font des films pareils, c'est bien qu'il y a chez eux une trace admirable quand même ! Et c'est un bonheur de se dire que les gens comprennent qui il est et pourquoi je l'aime. Après, lui et moi, on est des discrets. J'ai fait un film sur la libération de la parole, mais dans la vie, on n'est pas des champions de la discipline. On est très proches, mais on communique sur les regards, sur l'humour.

Les deux personnages que vous incarnez avec Leïla Bekhti sont-ils l'inverse de vos styles respectifs dans la vie ?

C'est vrai que au quotidien, je suis plus sauvage et renfermée, tandis que Leïla est barrée, c'est quelqu'un qui dit, qui aime, qui touche... Ce n'est un secret pour personne, on est très proche et je voulais la filmer à nouveau, lui donner la réplique, mais avant tout aller explorer des choses qu'on ne fait pas chez les autres. Et quel kif de jouer des séquences où on ne peut pas se blairer ! On a eu de sacrés fous rires. Elle, surtout, pour la scène où je fais mes vocalises dans la voiture. Sauf qu'on tournait sur un morceau d'autoroute, donc dans un temps restreint parce qu'on ne peut pas bloquer indéfiniment la circulation, qu'il pleuvait... Au bout du compte, on n'avait que dix minutes pour tourner. Et là, Leïla part en fou rire -qui peut durer chez elle 1h52 ! L'avantage d'être son amie, sa soeur, même, c'est que je peux lui parler cash : "Tu continues à rire, je te passe par la fenêtre !" La scène s'est faite dans une tension maximum... et ça ajoute à son comique. La contrainte peut déboucher sur le meilleur.

Dans quel style de monde parallèle vivent les choristes qui émaillent votre film ?

J'aurais pu faire tout un film sur eux ! J'en ai rencontré pas mal, et tous ceux qui sont dans le film sont de vrais chanteurs. Cet univers de passionnés me tient à coeur. Je ne les montre pas du doigt, je les aime sincèrement. Ils me bouleversent. Pour moi, une Vali [son personnage] ou une Céline Dion, c'est pareil. Ce sont des personnes qui croient très fort à ce qu'elles font. Vali, à un mariage, donne autant que Céline Dion à un concert à Las Vegas. Les deux veulent parvenir à la note, faire vivre un moment de dingue au public.

Drôle de vie de Véronique Sanson dans Tout ce qui brille, J'irai où tu iras du tandem Goldman-Dion... La variété, c'est définitivement votre style ?

Oui, parce que c'est de la culture populaire. C'est très noble. J'ai de l'amour pour France Gall, pour Céline Dion, pour Jenifer, mais j'ai les mêmes frissons quand je vais à un concert de Camille et qu'elle accepte de composer la musique du film. On pourrait me demander quel rapport entre Camille et Céline Dion... C'est le même sentiment, un truc qui touche, qui fait vibrer. Je préfère avoir du Camille dans les oreilles quand je prends le métro, mais je préfère chanter du Céline Dion quand je suis à un karaoké. L'essentiel, c'est que si un titre me reste, c'est que ça compte.

Cinéma :J'irai où tu iras, sortie le 2 octobre.