"Je ne suis pas adepte de la théorie du complot. Mais là, les faits parlent pour moi et illustrent, à l'instar de ce que nous subissons depuis trois ans, les relations incestueuses qu'entretiennent dans ce pays les élites, les politiques, les médias", affirme dans le Journal du Dimanche Vincent Maraval, coproducteur du très attendu long métrage d'Abel Ferrara, Welcome to New York, librement inspiré de l'affaire DSK. Sa sortie, exclusivement en VOD, est programmée pour le 17 mai en France.

"N'importe où dans le monde, on peut faire des films comme Le Caïman de Nanni Moretti sur Berlusconi ou Fahrenheit 9/11 sur George Bush [...]. En France, on n'arrive pas à parler de notre histoire présente", regrette Vincent Maraval, en réaffirmant qu'aucune chaîne française n'a voulu le financer et que le film est "de nationalité américaine".

"Ca me sidère"

"Je viens d'apprendre qu'UGC essaie d'empêcher la sortie du film sur ses écrans en Belgique en faisant pression sur ses exploitants. Deux partenaires médias importants nous demandent de retirer leur logo sur l'affiche. Ça me sidère", poursuit le coproducteur du long métrage d'Abel Ferrara, avec Gérard Depardieu, payé 100 000 euros pour le film, soit "le dixième de son salaire normal" selon Vincent Maraval.

Interrogé par l'AFP, le directeur général d'UGC Alain Sussfeld a répondu que "dès l'instant où une oeuvre ne donne pas la priorité à la salle, nous n'en n'assurerons pas la diffusion sur quelque territoire que ce soit."

"Ils ont le droit de ne pas l'aimer"

Interrogé enfin par le JDD sur la présence ou pas de Welcome to New York dans la sélection officielle du 67e Festival de Cannes qui débute mercredi, Vincent Maraval répond: "Ils ont le droit de ne pas l'aimer et de ne pas le prendre".

"Maintenant, il se peut que Thierry Frémaux (délégué général et sélectionneur du festival) nous appelle ce week-end ou pas. Comme il se peut qu'on accepte ou pas", conclut le producteur, qui avait déjà publié fin 2012 d'une tribune dénonçant le système de financement du cinéma français et les salaires trop élevés de certains acteurs.

A propos de la réaction d'Anne Sinclair et de Dominique Strauss-Kahn qui pourraient "ne pas avoir envie de voir leur vie à l'écran", Vincent Maraval a déclaré: "Abel Ferrara n'a rien contre eux. Il est américain. Il n'avait jamais entendu parler d'Anne Sinclair avant. Il a juste voulu raconter l'histoire d'un couple secoué par un tremblement de terre. Montrer les faiblesses d'un homme, c'est lui rendre son humanité. Ça peut parler à beaucoup d'entre nous. Abel s'est appuyé sur des faits réels pour créer une fiction." Une fiction qu'il faudra se contenter de découvrir sur son ordinateur, et pas sur grand écran.