De la nouvelle de Fiodor Dostoïevski, La Douce, dont est censé être tiré Une femme douce, il ne reste pas grand chose et ce n'est pas bien important. Ce qui l'est, c'est ce que raconte le film sur une Russie exsangue, livrée à elle-même, noyée dans ses contradictions. La tour-operator malgré elle est un petit bout de bonne femme qui aimerait bien savoir pourquoi le colis envoyé à son mari en prison lui est revenu. Chemin faisant vers le pénitencier, elle croise de drôles d'hurluberlus qui disent et racontent autant d'horreurs que de vérités. Arrivée à destination, elle se heurte à une administration absurde. De Dostoïevski, on passe à Kafka. Et la fin, si décriée par beaucoup de festivaliers, lorgne du côté de Boulgakov (Le Maître et Marguerite).

Une scène à mettre au Panthéon

Si décriée, oui. Le film a même été hué à la fin de la projection de presse. Rien de bien grave. Quelques lazzis de festivaliers sans doute fatigués qui avaient piqué du nez et qui, du coup, ne comprenaient plus ce qu'ils voyaient. Encore que si on s'en tient à ce qui se voit ici, c'est juste irréprochable. La lumière est sublime, les mouvements de caméra impeccables, servant des séquences mémorables dont une à inscrire illico au Panthéon des scènes vertigineuses: une femme défendant les droits du citoyen, maigre espoir de l'héroïne, soliloquant dans un capharnaüm pendant un quart d'heure. Il faut le voir pour le croire.

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Maintenant, on ne va pas se mentir, il y a çà et là des afféteries propres aux "films de festival" dont on se passerait volontiers. Ainsi, quand un personnage part d'un point A (généralement du fond du décor) pour arriver à un point B (généralement en gros plan devant la caméra), il serait bon que le réalisateur ne se sente pas obligé de filmer le trajet en temps réel. On gagnerait du temps, et cela éviterait aux médisants de s'assoupir et de perdre le fil d'une histoire pourtant brillamment racontée et dialoguée.

De Sergei Loznitsa. Avec Vasilina Makovtseva, Valeriu Andiuta... Sortie en salles le 16 août.