Désolé, charmantes lectrices, mais je vais être très segmentant. Car évoquer District 9, de Neill Blomkamp, avec des tas d'aliens et quelques bras arrachés, c'est m'aliéner une partie de la gent féminine peu attirée vers le cannibalisme et la baston (pourtant...) et attirer à moi le geek qui sommeille en chaque spectateur normalement testostéroné. Oui, il y a évidemment des films de garçons et des films de filles, même si leurs frontières sont plus perméables aujourd'hui qu'hier.

Après tout, aussi objectivement que possible, District 9, produit par Peter Jackson (!), est un très bon film. Point.

Les plus intellos d'entre vous (et il y en a, je sais, qui, entre la chronique de Raphaël Enthoven et les annonces immobilières, passent par cette page) auront sans doute pointé un étrange phénomène qui dépasse le simple cadre du cinéma pour dire comment se régule le monde : les extraterrestres, dont on imaginait qu'ils fussent moins idiots vu leur avance technologique, débarquent toujours aux Etats-Unis. Jamais à Andorre, jamais à Wallis-et-Futuna, pas plus qu'à Barinas. Résultat : ils se font systématiquement pulvériser par un pays qui montre ainsi - notamment à ses voisins terriens, d'ailleurs - de quel bois il se chauffe et qui c'est le patron, non mais. Il n'existe donc pas une amicale des aliens qui avertirait l'espace de la capacité de nuisance de Washington ?

Sans doute que si, en fait, puisque, ici, les aliens ont débarqué en Afrique du Sud, il y a vingt-huit ans, et sont, depuis, parqués dans le District 9, sorte de township en proie à tous les trafics. Le transfert des E.T. vers un autre camp, orchestré par Wikus van der Merwe, va précipiter le chaos. Pas besoin d'être spécialiste des annonces immobilières pour voir la dimension politique d'un film emballé comme une série B à grand spectacle et au récit malin, qui annonce l'arrivée sur le marché d'un excellent réalisateur. Pour être tout à fait complet, je dois avertir les charmantes lectrices encore présentes qu'il y a aussi une belle histoire d'amour. Bon, un peu étrange tout de même, c'est vrai.