Il fut un temps où j'aurais emmené ma nièce voir Cheval de guerre. Elle a toujours aimé les chevaux. Maintenant, elle aime le cinéma. Je vais donc m'abstenir. Ou alors l'inviter à regarder La Taupe, pour rester dans l'animal. Parce que là, comment dire, on est dans le romanesque guimauve et ras du poil. Bien mis en scène, remarquez. Steven Spielberg, oui, le même que Les Dents de la mer, pour rester dans l'animal, sait y faire. Il y a même une séquence très belle, de nuit, fantomatique, où un soldat allemand aide un soldat britannique à sortir Joey des barbelés. Une seule. C'est peu. Le reste du temps -l'amitié, pendant la Première Guerre mondiale, entre un garçon, Albert, et un cheval, Joey- est long. Deux heures vingt-sept au garrot.
Il y a quatre mois, sortaient sur les écrans Les Aventures de Tintin -et de Milou, pour rester dans l'animal-, réalisées par Spielberg. Quatre mois. Autant dire que le réalisateur américain caressait la truffe du chien d'une main et flattait la croupe du canasson de l'autre. Il semble avoir choisi son camp: travailler plus pour rater plus. J'exagère. D'accord. Mais le résultat est là: le film se regarde d'un oeil comme un livre d'images feuilleté sans passion. Le récit avance à un trot de sénateur.
Spielberg, c'est l'histoire du gars qui devient flou sur la photo à force de s'agiter. Un talent énorme qui s'use quand on s'en sert -trop. Sans doute a-t-il vu dans ce Cheval de guerre des thèmes qui lui sont chers -être le héros de sa propre vie, franchir des épreuves pour grandir, garder sa part d'enfance- et sans doute lui ont-ils commandé de mettre en selle ce film. Mais il serait aussi capable de dénicher dans une recette de lapin aux poireaux, pour finir dans l'animal, les ingrédients pour un scénario. Son nom devient une marque industrielle là où le cinéma réclame du prototype. Son dernier grand film remonte à 1998: Il faut sauver le soldat Ryan. Il faut maintenant sauver le réalisateur Spielberg. Du repos est recommandé. Un yaourt et au lit.