Commençons par un coup de gueule, ça a toujours l'avantage de soulager. Si l'on en croit donc les nominations aux César 2011, Les petits mouchoirs de Guillaume Canet et Carlos d'Olivier Assayas ne valent donc pas tripette aux yeux des professionnels de la profession. Ces deux absences criantes montrent en tout cas que le cinéma français restent un milieu étanche ou les auteurs malaimés (Canet) et les films de télé (Carlos) ne font pas partie de la famille. Même si ils demeureront parmi les plus beaux moments de cinéma de l'année écoulée.
Pour le reste, ces nominations oscillent entre évidences et surprises. Tres logiquement, Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois poursuit un parcours sans faute et devient, avec ses 11 nominations, le favori évident de la compétition. Même analyse pour Gainsbourg, Vie héroïque (qu'on attendait pas si haut avec 8 nominations), pour le Ghost Writer de Roman Polanski (qui peut d'ores et déjà préparer son speech pour le César du meilleur réalisateur) et Tournée de Mathieu Amalric. En revanche, L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil entre dans la cour des grands comme Le nom des gens de Michel Leclerc : deux comédies nommées dans la catégorie meilleur film, on n'avait pas vu cela depuis des lustres !
Chez les acteurs, Catherine Deneuve n'aura pas de réelle concurrence quand, chez les hommes, faute de Francois Cluzet, la course devrait se résumer à un duel entre Eric Elmosnino (génial Gainsbourg) et Gerard Depardieu dans Mammuth.
Dernier repère dans ces nominations aussi diverses que frustrantes, la grande distorsion faite entre les réalisateurs et leurs films. Bertrand Blier sera dans la course mais pas son film, Le bruit des glaçons, tout comme Olivier Assayas pour Carlos. A l'inverse, le prodigieux travail de Joann Sfar sur Gainsbourg n'a pas été retenu même si le film fait partie des heureux élus.
Mais, finalement, ce goût d'inachevé n'est-il pas aussi le symbole et la traduction presque logique d'un cru de qualité exceptionnel pour le cinéma français en 2010 ?