Le silence est d'or
"L'idée qu'a eue Michel [Hazanavicius, le metteur en scène de The Artist] de réaliser un film muet se révèle aujourd'hui être une aubaine. Enlever la parole permet d'ôter tout ce qui est intellectuel. On privilégie le sensoriel. Le film répond à l'attente qu'on a du cinéma : en quatre minutes, on entre dans l'histoire [celle de George Valentin, star déchue du muet portée à bout de bras par une étoile montante du parlant]. On est au spectacle. Et cela dépasse l'exercice de style. Car on vibre, on rigole, on est ému. Bref, le spectateur participe. Et puis le cinéma a connu récemment le morphing, l'image de synthèse, Avatar... Et après ? Jusqu'où aller ? The Artist est un retour aux sources, où l'histoire occupe le devant de la scène - le thème est très moderne : il s'agit d'une femme qui aide un homme."
La meilleure façon de se taire
"Ce n'est pas parce qu'on joue dans un film muet qu'on n'a pas de texte à apprendre ! Les acteurs ne sont pas des poissons rouges ! Donc, oui, il y avait des dialogues, mais on n'était pas obligé de les respecter à la lettre. Pour la méthode de travail, il s'agissait de ne pas en faire trop. Comment ? Je ne saurais l'expliquer. Il fallait oublier toute attitude contemporaine, éviter la pose d'époque, garder son naturel et surtout ne pas trop s'interroger sur son personnage. Le réalisateur racontait le film. Bérénice [Bejo, sa partenaire] et moi l'accompagnions."
L'oscar au bout des lèvres
"Le distributeur américain croit suffisamment à The Artist pour le lancer dans la course aux oscars. C'est à la fois génial et irréel. Le souci est que je ne parle pas anglais. Et je ne m'y autorise pas. En clair, cela me complexe. On a pourtant tourné The Artist pendant deux mois à Hollywood, où je me débrouillais pour communiquer. Là, je ne sais pas bien comment je vais gérer les dîners, les cocktails, les soirées. Ou, si : je me tairai et on dira que je suis mystérieux. Ça fera classe. Et puis ce sera raccord avec le film ! Non, je rigole. Ne serait-ce que vis-à-vis de Michel, Bérénice et Thomas [Langmann, le producteur], je jouerai le jeu et, au besoin, j'apprendrai la langue en accéléré. Ce genre d'événement n'arrive qu'une fois dans une vie."
Conversation privée
"Je ne suis pas un grand bavard. Et ma femme [Alexandra Lamy] l'a bien compris. On aime l'idée d'être ensemble, mais chacun fait son truc. On sait que l'autre n'est pas loin et on n'a pas besoin de se parler, même si elle aime beaucoup bavarder. Alexandra adore les apéros du soir où on peut s'étendre sur tout et sur rien. Et, là encore, je l'écoute plus que je ne parle. En revanche, je discute beaucoup plus avec mes enfants. Parce qu'il faut le faire. C'est une partie intégrante de l'éducation. Recueillir leur point de vue, leur donner le mien... On n'est plus dans un rapport à l'autorité, mais dans l'échange."
Se mettre à nu et à table
"J'adore les conversations à bâtons rompus sur les sujets tabous. Balancer tout ce qui ne se dit pas. Pas forcément des choses d'ordre trivial, mais plutôt privées. Quand la personne d'en face se confie, je sais qu'elle est avec moi, qu'elle ne parle pas pour rien. Mais pour qu'elle parle, justement, il faut parfois commencer. Du coup, j'ai tendance à sortir des confessions sans aucune pudeur qui vont amener l'autre à en faire autant. C'est très généreux et cela enrichit une relation. A un dîner, si chaque convive livre la plus grande honte de sa vie, je vous promets une soirée réussie. Et chaque aveu rendra la personne profondément humaine. Etre potes, ce n'est pas juste boire une vodka à 3 heures du matin ! C'est aussi s'exprimer, sortir des dossiers, en discuter, s'engueuler même... Et, au bout du compte, approfondir son rapport à l'autre."
Les histoires drôles
"J'aime les situations comiques, les anecdotes amusantes, mais je ne supporte pas qu'on me raconte des histoires drôles. D'entrée de jeu, je préviens : 'Elle est longue ou pas ? On va se faire chier ?' Parce qu'arrivé à la chute, si je ne ris pas (et c'est toujours le cas), je suis gêné pour l'interlocuteur. De même que je ne cherche jamais à faire un bon mot. Ce n'est pas mon style de vouloir briller à tout prix. Et je n'ai pas le sens de la repartie. Moi, je suis plutôt lent."
L'éloquence commerciale
"On est devenus des acteurs-vendeurs. Pendant qu'on assure la promotion, on ne fait pas notre métier. Et encore, moi, j'évite au maximum les plateaux de télévision et je me limite aux incontournables. La promotion a toutefois un avantage : je me suis rendu compte que les interviews me servent à expliquer le film. Au fur et à mesure, je trouve des clefs. Cela dit, avant de tourner, je ne me pose pas la moitié des questions que les journalistes me posent au moment de la sortie du film. Et on atteint le comble de l'absurdité lorsque ces mêmes journalistes m'apportent les réponses ! Par exemple, quand on me demande si les mouvements d'orteils de Clovis [Cornillac] dans Brice de Nice sont une référence aux petits pains de Charlie Chaplin dans La Ruée vers l'or, que voulez-vous que je réponde ? "Euh... oui." La vérité sur une bonne promotion appartient à Jack Nicholson. A la sortie des Infiltrés, DiCaprio lui a demandé s'il n'en avait pas marre de toujours répondre aux mêmes questions. 'Parce que tu réponds toujours la même chose ?' s'est étonné Nicholson !"