A voir et à manger. Comme d'habitude. Les palmarès, de Cannes ou d'ailleurs, d'ailleurs, se ressemblent en ce qu'ils racontent un jury composé de différentes personnalités s'exprimant en un moment M, et qu'ils s'offrent à la critique, aux applaudissements ou à l'incompréhension de la part de ceux, vous, nous, tous, qui ont un avis. Ça fait du monde et du bruit, forcément.
Et si le grand prix du jury, remis au magnifique 120 Battements par minute, de Robin Campillo (la naissance d'Act Up en France), plaît à la majorité, la palme d'or attachée à The Square, de Ruben Östlund (fable satirique sur la posture artistique), fait grincer quelques dents critiques.
Mais tout est bon dans le ronchon: la palme va attirer un public vers un film pas si mauvais mais pas si réussi qu'il aurait pu délaisser; le grand prix va porter haut une oeuvre qui le mérite. De quoi se plaint-on? De rien. Enfin, si: 120 Battements par minute aurait dû recevoir la palme. Un avis que je partage largement.
Le cinéma d'une vigilance apaisée
Les films vus à Cannes, en compétition ou à côté, ont battu à l'unisson du monde. Vous direz que c'est là lapalissade, les artistes ayant le devoir de raconter ce qui les entoure. La vision de l'ensemble n'est que générale, mais elle vaut ligne de force, surtout en la comparant avec les années précédentes.
La parole des cinéastes a longtemps été très pessimiste sur l'état du monde -effets de la crise, de l'ultralibéralisme, de l'égotisme-, elle est aujourd'hui nourrie par le combat, le besoin de rassemblement, le souffle du romanesque.
La peinture de la noirceur sociale et politique a laissé place à une vigilance apaisée. L'humour et l'émotion ont repris leurs droits dans le discours artistique. Le cinéma est une fenêtre ouverte sur le monde, a dit Jean Renoir. Un peu de fraîcheur est attendue en fin de journée, même si l'orage menace toujours.