Cher Steven Spielberg
Vous voici président. Comme votre pote Obama. Mais uniquement douze jours, et seulement du jury du Festival de Cannes. Ce qui n'est pas si mal, finalement. Pas de problème de cote de popularité, pas de manif, pas de guerre des mondes. En plus, François Hollande ne vient pas; il ne pleuvra donc pas. Il faudra juste vous méfier des requins, souvent présents sur la Croisette, et il n'est pas exclu que vous y croisiez quelques extraterrestres. Sinon, votre boulot est simple: voir des films et les juger. Dur métier.
Je me moque, pardon, alors que, tout bien réfléchi, établir un palmarès n'est pas si facile. Puisque vous ne lirez pas cette lettre, permettez-moi quelques conseils sur la façon de vous tenir. Délibérer peut rapidement se réduire à un duel entre jurés, et il faudra alors choisir entre monter dans le camion ou dans la voiture. Dans ces cas-là, vous le savez bien, vous qui portez la cinéphilie en noeud pap, la solution est de se prendre pour un héros de film. Encore faut-il savoir lequel.
Vous pouvez la jouer Indiana Jones. Un président agitant le fouet devant Nicole Kidman, c'est assez excitant. Ce côté aventureux n'est pas le premier qui vienne à l'esprit en vous voyant, mais forcez-vous un peu. L'aspect barbu est déjà suffisamment rasant pour en rajouter. Le palmarès pourrait alors être aussi raide qu'un verre de vodka avalé cul sec. Sinon, évitez de porter le costard à la Peter Pan, gentillet, bien coiffé et collant moule-clochettes. Préférez une présidence Cap'taine Crochet. Et une palme d'or saignante. Faites tout de même un peu gaffe à ne pas partir en vrille. Aller chercher un palmarès du troisième type n'est pas forcément une bonne idée. Vous pouvez également enfiler les pompes d'Alan Grant, partant du principe que le Festival peut ressembler, surtout au mitan de la nuit, à un Jurassic Park arrosé. Seuls les dinosaures trouveront alors grâce à vos yeux, appelés ici Ethan et Joel Coen, sélectionnés sept fois en compétition.
Le mieux, en fait, est de vous prendre pour Frank Abagnale Jr. Capable de changer d'identité d'un clic et d'un clap. Insaisissable. Arrête-moi si tu peux. Un jour pilote de ligne, un soir médecin. Fan de Kechiche le vendredi, défenseur de Soderbergh le mardi, amateur de Miike le jeudi. Vous avez donc le choix: être surprenant ou rentrer maison.
Bien à vous.
