Ils sont passés par le Festival de Cannes, ils repasseront par celui de Deauville. Deux des cinéastes primés sur la Croisette, le Chinois Lou Ye, pour le scénario de Nuits d'ivresse printanière, et le Philippin Brillante Mendoza, pour la mise en scène de Kinatay, se verront "hommagés" lors de la manifestation normande consacrée au cinéma asiatique. Le premier, qui raconte une histoire d'amour homosexuelle en Chine et s'apprête à tourner Chienne, avec Tahar Rahim (Un prophète), ne manque pas de courage. Le second est un phénomène.
Brillante Mendoza, 50 ans, ancien décorateur et réalisateur de pubs, se lance dans la mise en scène de long-métrages en 2005. Et, depuis, en a signé neuf ! "Je suis très précis et organisé, reconnaît-il, modestement." Douze jours pour boucler un film, neuf pour un autre... Ce n'est plus de l'organisation, mais de l'abattage ! Et si le résultat était bâclé encore... Mais non ! Son style épuré, ses plans-séquences époustouflants, n'en finissent pas d'affoler les cinéphiles. Côté grand public, c'est une autre affaire. Cela dit, il est difficile de brasser large en racontant des histoires de sexe dans un cinéma érotique (Serbis), ou le kidnapping et la torture d'une gogo girl endettée (Kinatay).
Un comble pour un auteur sevré au divertissement hollywoodien. "Gamin, j'étais persuadé que les super-héros existaient réellement. J'aime toujours ce genre de films, mais plus pour les effets spéciaux que pour leurs scénarios." De fait, Mendoza a refusé toutes les invitations à venir travailler aux Etats-Unis. Produit par le Français Didier Costet, faute de soutien financier dans son pays, il vit aux Philippines, où il continue de faire ce qu'il lui plaît. En l'occurrence, Lola, portraits croisés de deux grands-mères dont les petits-fils sont pour l'une, victime, et pour l'autre, criminel (le 5 mai, en salles). Le film sera présenté à Deauville, où le grand public se rend en masse. Mendoza ne va pas en revenir.
