Il va falloir faire avec. L'âge, peut-être, la vue qui baisse, la main moins agile, le stylo mou du genou, le cerveau en barbecue : toutes les options sont possibles. Mais il est fort probable que Woody Allen ne puisse plus enchaîner les grands films comme il le fit dans les années 1980-1990.
Que les vieux se souviennent, par exemple, que le bonhomme a tourné en quatre ans La Rose pourpre du Caire, Hannah et ses soeurs, September, Radio Days et Une autre femme. Les neurones alléniens s'éclataient alors en ribambelle quand, aujourd'hui, ils font parfois la sieste.
Match Point, en 2005, est son dernier grand film et, avant lui, Accords et Désaccords, en 1999. "Etait" son dernier grand film, plus exactement, car ce n'est pas sans un certain plaisir qu'il faut maintenant annoncer le retour du come-back de la renaissance des retrouvailles de Woody Allen. Blue Jasmine est tout en haut du haut de l'affiche : une grande réussite, piquante et caressante à la fois.
C'est un portrait de femme comme il en a écrit de si fins et de si justes, d'Annie Hall à Alice. Cette Jasmine, femme d'un milliardaire new-yorkais, à la vie en carafe de cristal, est obligée de se réfugier à San Francisco, chez sa soeur, à la vie en gobelet de carton, quand son mari se révèle un escroc notoire ; elle touche le fond de la bouteille et tente de remonter.
Woody Allen est un immense cinéaste parce que cette histoire a l'air simple comme trois pommes, alors qu'elle est affûtée à la virgule et dit mille choses sur une époque en trompe-l'oeil qui brille à la surface quand la vérité et la sincérité sont ailleurs. C'est un portrait de femme qui manie la caresse et le fouet et pour lequel Woody se montre rieur, émouvant et mordant.
Le film, porté par une Cate Blanchett si folle, si frêle, si belle, donne l'impression de glisser sur une toile cirée alors qu'il est impossible à oublier. Au point qu'Allen peut bien se perdre dans ses films à venir, il sera ici et maintenant à tout jamais. Point.