Dans Aquarius, du brésilien Kleber Mendonça Filho, il y a deux héroïnes. La résidence immobilière qui donne d'ailleurs ce titre astrologique et aqueux au film (Aquarius est le signe du Verseau en anglais) et Clara (Sonia Braga), sexagénaire issue de la bourgeoisie, qui refuse de quitter l'appartement de Recife où elle habite depuis des années, et ce, malgré les appels du pied insistants d'un jeune promoteur et les conseils de ses enfants. Le film, engagé en sélection officielle, est présenté ce mardi au Festival de Cannes.
Clara s'accroche donc à Aquarius avec un mélange d'entêtement enfantin et la ténacité d'une femme indépendante, prête à ne rien sacrifier, à commencer par son droit à dire non. Ne pas partir, c'est résister. Résister, contre le temps qui passe (l'appartement comme temple d'une histoire familiale), le capitalisme rampant (le promoteur immobilier veut tout rénover pour faire flamber les prix) et plus inattendu, contre ses propres doutes (les nouveaux habitants de l'immeuble vont réveiller certains désirs trop enfouis, le plaisir de la chair notamment).
Une empathie mesurée
Pour exprimer ce combat de Clara, Kleber Mendonça Filho n'use d'aucune ficelle sentimentale, ne tire jamais sur la corde de la sensiblerie. Si on comprend Clara, le film ne la prend pas dans ses bras pour autant. Le cinéaste de 48 ans, dont on avait aimé le premier long-métrage, Les bruits de Recife, - intrigante plongée au coeur d'un quartier middle class pris dans un engrenage sécuritaire - regarde cette femme avec une empathie mesurée et raison gardée.
Clara n'est pas ce que l'on peut appeler un personnage sympathique sur lequel le spectateur peut se reposer. Il n'y a qu'à voir la condescendance tranquille de celle-ci vis-à-vis de sa femme de maison, pour prendre ses distances.
Un formidable portrait de femme
Clara est formidablement interprétée par Sonia Braga, actrice star brésilienne, connue pour ses rôles dans des telenovelas, mais aussi dans des séries US comme Sex and the City. Braga connait déjà les us et coutumes cannois pour y avoir présenté, Le baiser de la femme araignée d'Hector Babenco ou Milagro de Robert Redford.
Elle révèle avec force, le caractère sensible et bien trempée de cette Clara. Il en résulte un formidable portrait de femme, tout en nuances. Un portrait contenu dans l'espace le plus souvent clôt de l'appartement.
Utilisation remarquable de l'espace
Avec ce film divisé en trois chapitres, Kleber Mendonça Filho s'interroge en creux sur les contradictions et les profondes mutations de la société brésilienne actuelle. Une société à cheval entre le poids du passé et son désir de changement.
Le cinéaste démontre une nouvelle fois une utilisation remarquable de l'espace. Quant à la fin du film dont on vous dira rien, sachez qu'il est d'une force expressive aussi cruelle que sidérante. Voici donc un sérieux prétendant final dans cette course à l'échalote cannoise.
