Oubliez les films italiens qui se bousculent sur nos écrans depuis peu. Et laissez-vous envahir par cet enivrant mélo amoureux, qui repose sur une histoire toute simple. Celle d'Emma, une Russe qui a épousé le fils d'une grande famille industrielle lombarde pour échapper à son destin et devenir une femme du monde à l'élégance admirée. Souvent gênée par les conventions sociales, elle tient son rang sans donner de signe de faiblesse. Mais sa route croise celle d'un ami de son fils, cuisinier. Et le coeur va l'emporter sur la raison... Avec cette intrigue, Luca Guadagnino (Melissa P.) filme l'infilmable, cette insoutenable légèreté des êtres chère à Kundera avec une mise en images aux accents viscontiens qui joue du contraste des couleurs entre le gris de l'hiver milanais au début du film et la lumière des heures qui abritent la naissance de cette passion. Son montage multiplie les plans courts pour traduire au plus juste ce soudain emballement des coeurs. Et sa BO d'une ampleur lyrique saisissante, signée John Adams, finit par mettre tous nos sens en éveil. Comme certains thrillers qui vous scotchent à vos fauteuils, Amore est étouffant de beauté. À l'image de celle qui campe son héroïne : Tilda Swinton, une actrice inouïe pour qui le cinéma n'a aucune frontière, pas plus de pays que de genre.