Une chose est sûre : Welcome to New York, d'Abel Ferrara, sera disponible à la mi-mai en VOD (vidéo à la demande) moyennant 7 euros ; donc visible par tous sur un ordinateur, sans passer par la case salle de cinéma. Considérant le nombre de clics que ce film devrait susciter, un bug informatique n'est pas à écarter ; sinon...

Cette affaire-là contient quelques faits avérés. Gérard Depardieu, acteur principal, marié à Jacqueline Bisset, y joue Devereaux, un Français accusé d'agression sexuelle sur une femme de chambre d'un grand hôtel new-yorkais. Toute ressemblance avec ce qui est advenu à Dominique Strauss-Kahn n'est évidemment pas fortuite.

"Il y a un lien entre mes films, qui m'obsède : la tentation de la dépravation chez les hommes, souvent associée au désir de grandeur, explique Abel Ferrara à L'Express. Une tentation parfois fantasmée par le public et qui peut pousser la personne là où elle ne serait peut-être jamais allée. Ou pas. Je n'ai pas de réponse." Welcome to New York est construit en trois temps : l'hôtel, le procès, le face-à-face du couple...

Mais, à quelques jours du lancement mondial du film sur la Toile, il demeure quelques zones d'ombre. DSK et Anne Sinclair vont-ils attaquer en justice après l'avoir vu? Quoi qu'ils fassent, supprimer ces images sera quasi impossible puisque, de fait, elles seront déjà présentes sur le Net.

Bien que les producteurs, Vincent Maraval et Brahim Chioua, patrons de Wild Bunch, aient voulu courtcircuiter les salles pour bousculer la chronologie de diffusion des oeuvres, afin de répondre aux nouveaux modes de comportement des spectateurs, avoir choisi ce long-métrage pour une telle manoeuvre n'est sans doute pas un hasard. C'est un coup de billard à trois bandes : faire de la pub au film, contourner les éventuels ennuis judiciaires, agiter, voire énerver la profession du cinéma.

Emeute et événement médiatique assurés

Gérard Depardieu, Abel Ferrara et Jacqueline Bisset seront présents à Cannes, les 16 et 17 mai, pour présenter Welcome to New York. Mais le présenter où ? Et en quelle version ? La décision devrait être prise ces jours-ci, et peut-être l'estelle à l'heure où vous lisez ces lignes. Pourtant, les discussions ont été longues. Puisque le film ne fait pas partie de la sélection officielle, il devait être projeté le 17 mai dans les cinq salles du Star, un cinéma cannois, puis visible sur le Net, à 00h00.

Emeute et événement médiatique assurés. Mais Thierry Frémaux, délégué général du Festival, qui a vu le film "trop tard pour annoncer son éventuelle présence en sélection", déclare cependant vouloir "prendre son temps, pour l'inclure éventuellement au dernier moment". Dans ce cas, il pourrait être projeté au palais des festivals dès le vendredi 16 au soir et diffusé sur le Net à 00 h 00.

Dernier point d'achoppement, et non le moindre : la version choisie. Abel Ferrara souhaitait présenter celle contenant la scène d'"agression" de la femme de chambre par Devereaux. La production penchait pour celle où la porte de la suite reste close, et la caméra, dans le couloir. Le droit d'auteur étant respecté en France, Ferrara aura le dernier mot. Mais il peut changer d'avis à l'ultime moment. Du début à la fin, cette affaire n'aura pas été avare en rebondissements.