Arrivé à ce stade de ma chronique, je voudrais ouvrir une parenthèse. (Plus leur filmographie prend de l'importance, plus il m'apparaît que les frères Coen, auteurs de l'excellent A Serious Man, marchent sur les traces de Billy Wilder. Les Coen ont en commun avec le réalisateur de Boulevard du Crépuscule et de Certains l'aiment chaud un sens certain de l'ironie, de l'éclectisme et du contre-pied. Et c'est sans doute dans ces marmites-là que le cinéma américain fait ses meilleures soupes. On y trouve aussi bien Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood) que Clint Eastwood (demi de mêlée) ; des auteurs qui ont construit un univers auquel le public s'est finalement rallié, refusant de s'abandonner aux chants des sirènes du divertissement trop brillant ? si j'applaudis à la symphonie de James Cameron, je préfère mille fois la petite musique des frères Coen et, malgré l'immense talent que je reconnais à Steven Spielberg et le plaisir que j'ai à voir (presque tous) ses films, il me semble être passé, aujourd'hui, du côté obscur de la force. Je suis heureux que ces têtes brûlées-là, tels des Jedi secoués dans un monde bataillant sans cesse entre uniformisation et singularité, poursuivent dans leur voie pour, justement, faire triompher la singularité. Fin de la parenthèse, merci de votre attention.)

A Serious Man, de Joel et Ethan Coen, est l'histoire d'un professeur de fac sans histoires, Larry Gopnik, dans le Midwest, en 1967, qui voit s'écrouler une vie bien rangée : sa femme veut divorcer, sa fille n'aime pas son nez, son fils deale de la marijuana... Au-delà du jeu de miroirs avec la propre adolescence des Coen (communauté juive, milieu universitaire, Amérique profonde), le film, porté par une impressionnante maîtrise formelle et par un humour absurde qui débarque sans crier gare, est l'occasion, une nouvelle fois, pour « les Brothers », de dire la difficulté de trouver sa place dans le monde.

Il n'est pas interdit de penser que les cinéastes se sentent, face à Hollywood, proches d'un homme qui, face à l'adversité, tente de conserver sa ligne de conduite.