Gloire au turbulent Albert Dupontel, qui met ici un énormissime coup de boule à la comédie française formatée TF1. Le sale gosse s'autorise tous les excès dans ce délire cartoonesque: geyser d'hémoglobine, suicide par pendaison d'une femme en cloque, fellations épiques qui s'éternisent... Si les zygos dansent la samba, si le film évite la trivialité gratuite, c'est grâce au soin maniaque -façon Blake Edwards- que porte notre mini Terry Gilliam national au cadre et à la mise en scène.

Dans ce tourbillon gaguesque -malgré, toutefois, des chutes de rythme-, le créateur de Bernie insère tendresse et poésie. Ses héros, il les ridiculise autant qu'il s'y attache. À commencer par cette juge d'instruction, célibataire psychofrigide ignorant par quelle opération du Saint-esprit elle s'est retrouvée enceinte. Une piste l'a conduite vers un psychopathe globophage (il mange les yeux de ses victimes!).

Leur rencontre, forcément explosive, réserve à la fois des scènes d'une dinguerie démente et d'une douceur étonnante. Si Dupontel acteur assure, de même que les trognes qui l'entourent (dont Nicolas Marié en avocat bègue), Kiberlain, elle, surprend littéralement. En mode "j'me lâche, j'me donne à donf'", elle a la folie et la classe d'une Katharine Hepburn.