Soyons honnêtes: si W.E. avait été signé par un autre que Madonna, il aurait eu plus de considération... Il faut dire que la chanteuse et le cinéma, c'est loin d'être une histoire d'amour. Hormis Evita et Recherche Susan désespérément, toutes ses tentatives pour passer d'un côté ou de l'autre de la caméra se sont soldées par des échecs. Que ce soit avec son ex-mari Sean Penn, son ex-mari Guy Ritchie ou en solo.

Il faut dire aussi que le film arrive précédé d'un très mauvais buzz : il serait tellement mauvais qu'il a "fallu organiser des projections de rushes sous le manteau au dernier festival de Berlin pour trouver des distributeurs désireux de le sortir dans leur pays." Il ne faut jamais croire les rumeurs. Titanic était censé être le pire film du monde avant que les critiques ne le découvrent. C'est en tout cas à Berlin que Marco Mueller, le directeur du Festival de Venise, a posé une option sur W.E, pour son tapis rouge.

Et il a bien fait puisque le deuxième film de Madonna, ne défigure en rien sa sélection 2011, pourtant d'un très haut niveau. W.E. a l'ambition de suivre deux histoires. D'une part, la romance de Wallis Simpson et du Prince Edouard d'Angleterre qui créa un scandale dans les années 1930 et amena le roi à abdiquer pour épouser la belle américaine divorcée deux fois. D'autre part, la vie aujourd'hui d'une jeune femme malheureuse en ménage et obsédée par l'histoire d'amour de Wallis et Edouard.

Madonna a mis trois ans à écrire le scénario avec son ami le cinéaste Alek Keshishian (In Bed with Madonna), après sept ans de recherches. Le sujet n'est pas nouveau. Nombre de téléfilms ont déjà retracé la romance aux Etats-Unis comme en Angleterre. L'intrigue comtemporaine permet d'éviter la linéarité du récit. Cependant, la réalisatrice se noie un peu dans ses allers-retours entre passé et présent. Elle use surtout de passerelles assez grossières comme le fondu enchainé d'une tasse de thé prête à être mise aux enchères à la même tasse dans les années 1930. Ceci sera répété avec un shaker à cocktails, un collier, un piano...

L'autre point noir du film, c'est l'obsession de Madonna à disculper Wallis Simpson de ses amitiés pro-nazies, les qualifiant de rumeurs infondées. C'est bizarre car les historiens -qu'elle a si bien étudiés- sont tous d'accord là-dessus et certains vont même jusqu'à dire que c'est en raison de ses convictions nazies que Edouard a été écarté du trône en le poussant à y renoncer pour épouser sa maîtresse d'alors. D'autres disent, en revanche, que c'est Edouard qui a pris la première excuse venue pour éviter de devenir roi et que Wallis ne voulait pas l'épouser.

Madonna va, elle aussi, au delà de l'apparent conte de fées (un roi qui renonce au trône par amour) pour montrer leur vie après le mariage. W.E. (les initiales de Wallis et Edouard) est donc davantage une reflexion désabusée sur l'amour qu'un traditionnel biopic. Et en ça, la jeune réalisatrice marque un point.

Dernière chose: elle révèle un joyau extraordinaire en la personne de Andrea Riseborough. Cette jeune actrice anglaise, surtout vue à la télé, s'empare du personnage de Wallis Simpson avec maestria. Un nom à retenir.