Il est possible de regarder 007 Spectre sans avoir vu 001 Spectre, 002 Spectre, 003 Spectre... Qui d'ailleurs n'existent pas. C'est pour rire, James. J'aimerais tant que vous souriiez davantage quand vous affichez une mine de crayon gris foncé. D'accord, sauver le monde n'est pas marrant et ce qui vous est arrivé dans Skyfall - traumatisme familial, mort de M - a dû vous remuer. Je vous aime sombre, loin du brushing-gadget d'un Roger Moore, mais là, vous en faites trop. En revanche, vous reboutonnez très bien votre veste de costume.
007 Spectre est une pseudo-suite de Skyfall - chaque titre compte sept lettres... Les deux films constituent un diptyque dans lequel Bond doit affronter ses fantômes plus que le méchant - ici, Franz Oberhauser, décidé à surveiller toute la planète (en gros). Tout porte à croire que la production et le réalisateur Sam Mendes, qui remet le couvert, ont surfé sur l'énorme succès de Skyfall pour imaginer cette nouvelle aventure et offrir aux spectateurs quelques détails supplémentaires sur la vie de 007.
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S'amuser de la série pour en décliner les clichés et la mythologie serait bien la preuve qu'elle résiste à tout. Eh bien non, finalement.
Manque de jus
Bien sûr, Mendes fait un magnifique boulot (une première séquence d'anthologie) et quelques scènes s'affichent en grand spectacle. Mais le scénario, pièce maîtresse de l'échafaudage quoi qu'on dise, empile les lieux, les décors, les bagnoles et les conquêtes sans jamais trouver suffisamment de jus pour activer la machine à suspense et à tension. Bond serre les dents (pas de sourire, donc) et attend la tuile qui va lui arriver sur la couture de son costard moulé à la louche: mais qui est donc ce Franz?
Tout le film est tendu (le pantalon de Bond aussi) vers cette seule question. C'est dommage et un peu facile. D'autant que les relations internes au MI6 - 007 avec M, Q et Moneypenny - semblaient offrir davantage d'options dramatiques. James Craig s'en sort indemne, mais il a sans doute fait le tour du smoking. Il faut maintenant que tout change pour que rien ne change.
