Ecrivain américain reconnu dans son pays mais peu traduit en français, Wright Morris (1910-1998) a pratiqué la photographie pendant une dizaine d'années (1935-1947). Il pensait trouver là le moyen de saisir la réalité du Midwest qu'il tentait de raconter jusqu'à présent seulement avec des mots. Ses recherches donnent naissance à un premier livre photo-texte en 1946, intitulé The Inhabitants, dans lequel il mêle fiction et images réalisées principalement dans le Nebraska, sa région d'origine.

The Home Place, Norfolk, Nebraska, 1947

The Home Place, Norfolk, Nebraska, 1947.

© / (Estate of Wright Morris)

Tiroir de commode, Ed’s Place, Norfolk, Nebraska, 1947

Tiroir de commode, Ed's Place, Norfolk, Nebraska, 1947.

© / (Estate of Wright Morris)

Tombstone, Arizona, 1940

Tombstone, Arizona, 1940.

© / (Estate of Wright Morris)

"J'ai vu le paysage américain encombré de ruines que je voulais sauver", précise-t-il, affirmant vouloir "enregistrer cette histoire avant qu'elle ne disparaisse". Wright Morris cadre une chaise, des escaliers, des portes, des chaussures au pied d'un lit, un peigne, un tiroir de commode, une veste accrochée à une patère, des objets divers. A l'extérieur, il s'arrête devant un silo à grains, des fermes abandonnées. On ne distingue quasiment personne sur ses images - à part son oncle Harry, et encore, vu de dos. Et pourtant, une présence humaine invisible traverse ces clichés à la composition simple et rigoureuse. Morris collecte les traces de vie. A l'instar d'un Walker Evans, ce corpus d'images raconte le monde rural de la Grande Dépression et l'inscrit dans la grande tradition de la photographie documentaire américaine.

Silo à grains «Gano», Western Kansas, 1940

Silo à grains "Gano", Western Kansas, 1940.

© / (Estate of Wright Morris)

The Home Place, Norfolk, Nebraska, 1947

The Home Place, Norfolk, Nebraska, 1947.

© / (Estate of Wright Morris)

The Home Place, Norfolk, Nebraska, 1947

The Home Place, Norfolk, Nebraska, 1947.

© / (Estate of Wright Morris)

Malgré l'échec de son premier "roman visuel", Wright Morris poursuit son approche novatrice d'écrivain-photographe avec The Home Place (1947), puis God's Country and My People, en 1968, dans lequel il réagence les mêmes images mais cadrées différemment ou inversées, et accompagnées de nouveaux textes. Les pages de ces trois ouvrages sont au coeur de la première exposition qui lui est consacré en France à la Fondation Henri Cartier-Bresson. L'occasion de découvrir un pionnier, qui, après cette parenthèse photographique, reprit définitivement la plume.

La note de L'Express : 16/20

Wright Morris, l'essence du visible. Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris (IIIe). Jusqu'au 29 septembre.